CHRONIQUE D’UN CONFINEMENT (Jour 9/ mercredi 25 mars)

Consolations

 

Sombres pensées… Le virus augmente sans pitié le nombre de ses victimes et s’en prend désormais à l’un des rites exclusifs de notre humanité depuis la nuit des temps : le respect des morts. Lieux de culte vides, cérémonies expédiées parfois impossibles, dernières volontés sans effets, pas de rassemblement, pas d’effusions entre amis ni de larmes mêlées. Plus de dernier regard avant la nuit, plus d’effleurement au bord de la disparition du corps.

Tout ce qui permet d’encaisser le premier choc du deuil se trouve interdit, annihilé. Et les familles errent dans leur malheur bouleversant comme Antigone empêchée d’enterrer le cadavre de son frère. Et comme elle, elles sont emmurées dans leur douleur.

Un des exercices que la philosophie antique destinait aux soins de l’âme se nommait consolation. Il s’effectuait la plupart du temps au travers d’une lettre. On rappelait à un proche ou à un ami frappé par le deuil ou la disgrâce, la raison, le sens qu’il pouvait et devait donner à sa souffrance et la nécessité de se raffermir dans l’épreuve.

Et il ne s’agissait pas seulement d’apporter un réconfort psychologique, de rendre la peine acceptable ou de la dépasser. L’enjeu était également d’ordre intellectuel et spirituel. La consolation cherchait à remettre le destinataire dans l’axe de sa vraie nature : la maîtrise des passions, l’orientation vers des finalités supérieures, la sérénité. Le mot latin consolare  signifie raffermir, mais il traduit l’idée d’un sol remis sous les pieds. Les stoïciens ont élevé cet exercice à la hauteur d’un véritable genre littéraire.

Nous ne sommes pas des stoïciens. A leur différence, nous accordons, et ce, à juste titre, une part immense et positive à la sensibilité et à l’affection. Leur surestimation de la raison . nous paraît surhumaine voire délirante. Mais il reste une intention vigoureuse et généreuse dans leur exercice de consolation. Celle d’aider les proches dans la peine. De se faire présents à leur côté. D’être solidaires. Nous le pouvons encore avec tous nos moyens de communication à distance. Pratiquer la consolation, avec sincérité et courage, c’est aussi renforcer notre humanité.

Euripide : «  Les hommages rendus aux morts sont la parure des vivants. »

Descartes : « Ceux qui sont les plus généreux et qui ont l’esprit le plus fort témoignent de la compassion. »

Shakespeare : « L’esprit oublie toutes les souffrances quand le chagrin a des compagnons et que l’amitié le console. »