CHRONIQUE D’UN CONFINEMENT ( Jour 8/ mardi 24 mars )

 

Musique maestro ! 

Une semaine déjà… Dans ce tourbillon d’immobilité forcée, on se sent fragile, nu et pauvre. L’absurde de la situation devient lancinant. Nous balançons entre silence monacal et cacophonie médiatique. Que pourrait-il bien nous rester, ainsi jetés aux confins de notre vie ?

La musique ! Depuis quelques jours, un ami, excellent pianiste, m’envoie par MMS des petites vidéos de délicieuse pièces classiques qu’il enregistre. Quel privilège de pouvoir faire ainsi de la musique ! Mais quel bonheur pour moi de l’écouter dans cet état cotonneux généralisé. Et dans l’immeuble où habite mon fils, des résidents sortent sur une plate-forme et, espacés de dix mètres, font un orchestre de rythme avec tout ce qu’ils trouvent.

Via les réseaux sociaux, les musiciens de tout genre se mobilisent, pour nous distraire et, mieux encore, pour soutenir le personnel hospitalier engagé sur le terrible front du virus. Chacun trouve son bonheur dans la musique qu’il aime entendre. Mais on peut rappeler à ceux que la mélancolie et la morosité du silence voudraient séduire quelques-uns des bienfaits majeurs de la musique.

En premier lieu, elle nous permet de nous évader. Elle est voyage, exfiltration, escapade. Dans les pires lieux de concentration et de détention, elle ouvre encore la partition d’une liberté vivace parce que toujours possible. Elle introduit de l’ailleurs dans l’ici et comme de l’éternité dans l’instant.

Ensuite, elle nous rappelle à notre sensibilité. Avec elle, nos pensées grises se mettent en sourdine. Comme un vent d’été, un parfum de femme, une caresse, elle éveille notre émotion. Et par ses rythmes elle nous invite à bouger et à danser, ne serait-ce qu’au-dedans de nous. Elle nous rappelle à la vie et à ses mouvements.

Enfin (comme si sa symphonie pouvait s’achever…) elle nous accompagne et nous enveloppe dans une présence plus grande que la nôtre. Elle aspire notre être de solitude, de séparation, d’abandon. Comme une mère, elle nourrit et console. C’est un virus anti-solitude qui nous pousse vers les autres, présents ou imaginaires, et nous en rapproche pour une fusion heureuse qui se passe de tous les mots. Solidarité, collectivité de la musique.

Dans la mythologie grecque, deux héros parviennent à triompher des Sirènes, ces femmes   invisibles et maléfiques, dont le chant était si attirant que les marins se laissaient mourir sur leur rivage. Ulysse survit en se faisant attacher au mât de son vaisseau. Orphée, le héros musicien, permet aux Argonautes d’échapper au pouvoir de séduction funeste des sirènes en les surpassant par la beauté de son chant. Pouvoir de la musique qui conjure le malheur et triomphe des peurs !

Alors, à ce virus, tueur silencieux des profondeurs organiques muettes , à ces voix discordantes qui ajoutent la confusion à la menace, opposons notre orchestre et notre chorale d’humanité. Musique maestro ! Musique pour Manu Dibango!

 

Nietzsche : « Sans la musique, la vie serait une erreur. »

Eric-Emmanuel Schmidt : « La musique nous aide à construire notre vie spirituelle. »

France Gall : « Douce, douce, douce, musique…laissons voyager nos pensées… »