{"id":994,"date":"2020-04-28T07:20:25","date_gmt":"2020-04-28T07:20:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=994"},"modified":"2020-04-28T07:21:11","modified_gmt":"2020-04-28T07:21:11","slug":"chronique-dun-deconfinement-jour-43-mardi-28-avril","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=994","title":{"rendered":"CHRONIQUE D&rsquo;UN DECONFINEMENT (Jour 43\/ mardi 28 avril)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Le 11 mai\u2026<\/strong><\/p>\n<p>    Nous sommes encore loin du 11 mai. Mais depuis que la date a \u00e9t\u00e9 grav\u00e9e dans l\u2019agenda national, malgr\u00e9 les r\u00e9serves, les errements, les interrogations, c\u2019est comme si une alarme stridente avait retenti. Les cit\u00e9s s\u2019\u00e9brouent. Les rues s\u2019emplissent. L\u2019\u00e9nervement prend corps. L\u2019impatience gagne les confin\u00e9s.<br \/>\n   Un mois et demi de confinement, c\u2019est long, c\u2019est un si\u00e8cle, une \u00e9ternit\u00e9. Nous sommes lamin\u00e9s par les occupations substitutives, les divertissements artificiels, les communications \u00e0 distance harassantes. Nous sommes repus de ces plaisirs red\u00e9couverts : paresse, oisivet\u00e9, procrastination. Notre endurance et notre r\u00e9silience se sont \u00e9mouss\u00e9es \u00e0 leur usage. Il faut sortir et vite ! Tous les journaux le clament et le r\u00e9clament.<br \/>\n     En r\u00e9alit\u00e9 les choses sont plus compliqu\u00e9es. Les origines du virus restent confuses. Et la sortie du confinement baigne dans un brouillard d\u2019incertitudes et de pagaille. Ce n\u2019est pas une lib\u00e9ration, c\u2019est un nouveau probl\u00e8me. Tout simplement parce qu\u2019elle n\u2019est pas sans risques. La crainte pourrit donc notre enthousiasme. Ce virus est bien cruel. Notre sant\u00e9 ne lui suffit pas, il attaque notre d\u00e9sir. Nous voici face \u00e0 une nouvelle torsion. Nous nous embrouillons dans les paradoxes et les ambigu\u00eft\u00e9s de notre condition.<br \/>\nPour expliquer ce m\u00e9canisme compliqu\u00e9, Hegel a recours \u00e0 l\u2019image d\u2019une caverne. Imaginez, propose-t-il, des hommes vivants sous la terre avec sans le savoir un lac au-dessus de la t\u00eate. Chacun muni d\u2019une pierre extraite de la galerie l\u2019utilise pour lui-m\u00eame et pour la construction souterraine d\u2019ensemble. Il croit \u0153uvrer pour son bien et pour le bien de tous.<br \/>\n     Un \u00e9l\u00e9ment nouveau appara\u00eet. L\u2019air devient un jour plus sec et rend les gens avides d\u2019eau. Indispos\u00e9s, ils se mettent \u00e0 creuser toujours plus les galeries et leurs plafonds. \u00ab La cro\u00fbte devient transparente. Il y en a un qui l\u2019aper\u00e7oit et qui crie : de l\u2019eau ! Il arrache la derni\u00e8re couche de terre, le lac se pr\u00e9cipite \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et il les noie en les d\u00e9salt\u00e9rant. \u00bb<br \/>\nCe que nous voulons nous engloutit. Le d\u00e9sir n\u2019est pas seulement un \u00e9lan positif comme une approche simpliste veut le faire croire. Il nous pousse toujours \u00e0 l\u2019aveuglette et bien souvent par lui nous sommes flou\u00e9s. C\u2019est le risque, pour les troglodytes de Hegel comme pour nous confin\u00e9s ou d\u00e9confin\u00e9s. Nous avions fait du d\u00e9sir la valeur supr\u00eame, la seule autorit\u00e9, la v\u00e9ritable idole. Voil\u00e0 un paradigme de plus, un fondamental, pour le dire comme les sportifs, \u00e0 reconsid\u00e9rer \u00e0 la dure lumi\u00e8re de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. <\/p>\n<p>   Pour autant tout n\u2019est pas mauvais, loin de l\u00e0, dans le d\u00e9sir. L\u2019erreur est simplement de le sacraliser. De faire TOUT d\u00e9pendre de lui. De croire qu\u2019il peut se satisfaire en son entier. Que tous nos d\u00e9sirs se r\u00e9alisent et alors le jeu des contraires s\u2019active et on obtient aussi ce qu\u2019on ne d\u00e9sirait pas\u2026<br \/>\nMais ne nous noyons pas\u2026Il existe aussi une autre forme de d\u00e9sir. Qui int\u00e8gre la difficult\u00e9, la peine, l\u2019\u00e9chec, le risque. Qui ne renonce ni \u00e0 l\u2019envie ni au d\u00e9fi de la r\u00e9alit\u00e9. Ce d\u00e9sir utilise tout son potentiel de raison. Il s\u2019appelle la volont\u00e9. Il va nous en falloir plus que de l\u2019impatience et de l\u2019aveuglement. Nous en avons. <\/p>\n<p><strong>H\u00e9raclite<\/strong> : \u00ab Pour les hommes que se produise tout ce qu\u2019ils souhaitent n\u2019est pas mieux. \u00bb<br \/>\n<strong>Ortega y Gasset<\/strong> : \u00ab Nous ne savons pas ce qui nous arrive et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui nous arrive. \u00bb<br \/>\n<strong>Saint Paul<\/strong> : \u00ab Tout m\u2019est permis, mais tout n\u2019est pas bon pour moi. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 11 mai\u2026 Nous sommes encore loin du 11 mai. Mais depuis que la date a \u00e9t\u00e9 grav\u00e9e dans l\u2019agenda national, malgr\u00e9 les r\u00e9serves, les errements, les interrogations, c\u2019est comme si une alarme stridente avait retenti. Les cit\u00e9s s\u2019\u00e9brouent. Les rues s\u2019emplissent. L\u2019\u00e9nervement prend corps. L\u2019impatience gagne les confin\u00e9s. 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