{"id":976,"date":"2020-04-23T07:35:22","date_gmt":"2020-04-23T07:35:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=976"},"modified":"2020-04-23T19:38:06","modified_gmt":"2020-04-23T19:38:06","slug":"chronique-dun-deconfinement-jour-38-jeudi-23-avril","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=976","title":{"rendered":"CHRONIQUE D&rsquo;UN DECONFINEMENT (Jour 38\/ jeudi 23 avril)"},"content":{"rendered":"<p><strong>C\u2019est du grec<\/strong><\/p>\n<p>Catastrophe, chaos, crise\u00a0: trois mots d\u2019origine grecque nous soufflent le vocabulaire pour lire la situation extraordinaire dans laquelle nous a plong\u00e9s l\u2019\u00e9pid\u00e9mie plan\u00e9taire de Covid-19. Trois mots \u00e0 tonalit\u00e9 n\u00e9gative qui expriment parfaitement notre d\u00e9tresse actuelle devant la difficult\u00e9 de penser et de vivre l\u2019\u00e9v\u00e9nement. La pand\u00e9mie est \u00e0 la fois une catastrophe humaine, une crise sanitaire et un chaos \u00e9conomique. Mais dans le choc et la sid\u00e9ration, les mots grecs retrouvent un sens originel qu\u2019ils avaient perdu.<\/p>\n<p>Par catastrophe nous entendons commun\u00e9ment accident aux cons\u00e9quences tragiques, situation de grand danger. Le mot, sans doute \u00e0 cause de sa puissance phonique, \u00e9voque immanquablement le fracas (catastrophe ferroviaire, a\u00e9rienne) et la rupture, le craquement psychologique, la d\u00e9gringolade. Catastrophe, est issu d\u2019un verbe grec qui signifie tourner vers le bas. La catastrophe renverse et bouleverse.<\/p>\n<p>Outre sa dangerosit\u00e9 mortelle \u2013 et en raison d\u2019elle- le virus a tout chamboul\u00e9 dans son d\u00e9ferlement. Notre mode de vie et de pens\u00e9e. Nos certitudes et nos r\u00e9f\u00e9rences. Le personnel politique t\u00e2tonne, la science m\u00e9dicale pi\u00e9tine. Tous les discours se retournent. Nous sommes expos\u00e9s au danger et \u00e0 la panique.<\/p>\n<p>Le chaos d\u00e9signe le d\u00e9sordre dont le chaos naturel, entassement confus de rochers dans un paysage, fournit l\u2019image concr\u00e8te. Depuis l\u2019apparition du virus, les discours des m\u00e9decins et des responsables politiques roulent dans l\u2019incoh\u00e9rence et la contradiction. Et nos esprits se d\u00e9r\u00e8glent.<\/p>\n<p>A l\u2019origine, dans la th\u00e9ogonie grecque, le chaos, n\u2019est pas le fatras, la d\u00e9sorganisation, c\u2019est la B\u00e9ance primitive d\u2019o\u00f9 le monde est issu. Le chaos c\u2019est le nom du n\u00e9ant primitif, obscur, vertigineux. Plus que dans le d\u00e9sordre, c\u2019est au bord de cet ab\u00eeme de mort et de non-sens que nous a conduit le virus dans un fascinante retour en arri\u00e8re m\u00e9taphysique. Le plus archa\u00efque est devenu actuel.<\/p>\n<p>Nous appelons crise un ph\u00e9nom\u00e8ne soudain, violent, collectif ou g\u00e9n\u00e9ral et aux cons\u00e9quences gravissimes. Crise est un mot-valise qui \u00e0 force de s\u2019appliquer \u00e0 de multiples situations (crise de nerfs, crise financi\u00e8re, crise du logement) et de recevoir des intensit\u00e9s diff\u00e9rentes (manifestation optimale d\u2019un trouble, tension, p\u00e9nurie) finit par ne plus dire grand\u2019 chose.<\/p>\n<p>La crise, en grec, signifie, s\u00e9paration et aussi d\u00e9cision. C\u2019est un terme actif, impliquant une volont\u00e9, un esprit \u00e0 l\u2019\u0153uvre, sans le pathos que nous introduisons aujourd\u2019hui dans le mot. Il ouvre une piste dans le marasme g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Le confinement est de toute \u00e9vidence une occasion inesp\u00e9r\u00e9e pour chacun de faire le point sur soi-m\u00eame. De d\u00e9terminer, ce qui est bon, essentiel pour lui. De faire le tri dans son mode de vie et de penser. C\u2019est un moment \u00e0 soi, un moment personnel. Comme tous les moments d\u2019\u00e9preuve, il est propice \u00e0 l\u2019analyse, au choix puis \u00e0 la d\u00e9cision de ce qu\u2019il faut \u00e9liminer et de ce qu\u2019il faut privil\u00e9gier.<\/p>\n<p>Par son amplitude collective, la pand\u00e9mie nous offre l\u2019opportunit\u00e9 de r\u00e9fl\u00e9chir ensemble \u00e0 ce qui bon pour nous et nous fait vivre. La sant\u00e9, la solidarit\u00e9, l\u2019importance d\u2019un Etat protecteur et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un propos clair de la part des gouvernants paraissent en t\u00eate de liste des th\u00e8mes ouverts par le virus.<\/p>\n<p>Ebranl\u00e9s par la catastrophe, au bord d\u2019un trou noir, il nous reste notre pens\u00e9e critique pour trouver de nouveaux rep\u00e8res et choisir un autre chemin. Etymologie vient d\u2019un mot grec <em>etymos<\/em> qui veut dire vrai. Le Covid-19 est aussi une \u00e9preuve de v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Paul Val\u00e9ry<\/strong>\u00a0 \u00ab\u00a0<em>Toute l&rsquo;histoire humaine, en tant qu&rsquo;elle manifeste la pens\u00e9e, n&rsquo;aura peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 que l&rsquo;effet d&rsquo;une sorte de crise, d&rsquo;une pouss\u00e9e aberrante.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>MC Solaar<\/strong>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Les maux par les mots, c\u2019est ainsi qu\u2019on gu\u00e9rit.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Michel Serres<\/strong>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La crise est un \u00e9tat de transition o\u00f9 une transformation va se d\u00e9cider.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Et aussi la Gnosienne N\u00b03 par Jean-Paul :<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/wp-content\/uploads\/Gnosienne-3.mov\">Gnosienne 3<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est du grec Catastrophe, chaos, crise\u00a0: trois mots d\u2019origine grecque nous soufflent le vocabulaire pour lire la situation extraordinaire dans laquelle nous a plong\u00e9s l\u2019\u00e9pid\u00e9mie plan\u00e9taire de Covid-19. 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