{"id":971,"date":"2020-04-22T08:30:25","date_gmt":"2020-04-22T08:30:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=971"},"modified":"2020-04-22T16:55:27","modified_gmt":"2020-04-22T16:55:27","slug":"chronique-dun-deconfinement-jour-37-mercredi22-avril","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=971","title":{"rendered":"CHRONIQUE D&rsquo;UN DECONFINEMENT (Jour 37\/ mercredi22 avril)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Parapluie philosophique <\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Il pleure dans mon c\u0153ur comme il pleut sur la ville\u2026<\/em>\u00a0\u00bb Nul mieux que Verlaine n\u2019a per\u00e7u et exprim\u00e9 l\u2019accord imm\u00e9diat et secret de la pluie et de la tristesse, sentiment trouble o\u00f9 confluent ennui, manque et ignorance. Au quatri\u00e8me jour de pluie dans le sud, et au trente-septi\u00e8me de confinement, il faudrait \u00eatre un min\u00e9ral pour ne pas en \u00eatre envahi. Confinement dans le confinement. Une sortie qui saute. Double peine\u2026<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce qu\u2019on imagine, la philosophie ne n\u00e9glige ni la tristesse ni les pleurs. Et le philosophe n\u2019est pas un homme de marbre. Un des premiers penseurs de l\u2019Occident, H\u00e9raclite (V\u00e8me si\u00e8cle av. J.-C.), a rapproch\u00e9 la tristesse de l\u2019impermanence des choses et du devenir auquel tout est vou\u00e9. \u00ab\u00a0<em>Tout s\u2019\u00e9coule<\/em>\u00a0\u00bb, est une de ses formules-chocs. Oui, tout se dilue, se dissout dans la pluie et de sombres pens\u00e9es naissent dans la grisaille du ciel\u2026<\/p>\n<p>On dit qu\u2019H\u00e9raclite, surnomm\u00e9 l\u2019obscur en raison de ses formules sibyllines, se mettait souvent \u00e0 pleurer comme s\u2019il avait int\u00e9rioris\u00e9, incarn\u00e9, l\u2019\u00e9l\u00e9ment liquide qui sert de m\u00e9taphore \u00e0 la fuite inexorable du temps et \u00e0 la mort. \u00a0Ironie du sort, il aurait souffert de r\u00e9tention d\u2019eau, demandant aux m\u00e9decins de produire une s\u00e9cheresse. Il serait mort en plein soleil de cette hydropisie\u2026<\/p>\n<p>Mais H\u00e9raclite \u00e9tait aussi le penseur des contraires, de leur encha\u00eenement et de leur coop\u00e9ration productrice. Il ne faut donc pas s\u2019\u00e9tonner de trouver dans ses aphorismes\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le soleil est nouveau chaque jour<\/em>.\u00a0\u00bb La pluie n\u2019est qu\u2019un moment d\u2019un cycle d\u2019alternances sans fin. Elle-m\u00eame se dissout dans son passage du ciel \u00e0 la terre, du haut vers le bas.<\/p>\n<p>Et pour les optimistes d\u2019ailleurs, l\u2019eau nourrit la terre. Elle lave et purifie ses habitants du monde. Pas de vie sans eau. Pas d\u2019entreprise de soi sans r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration. La pluie participe au mouvement de vie h\u00e9raclit\u00e9en. Elle peut prendre deux visages oppos\u00e9s et inverser ses effets. Elle est ambivalente.<\/p>\n<p>C\u2019est donc en nous qu\u2019il faut trouver la source des valeurs attribu\u00e9es. Voici ce que propose Alain dans ses <em>Propos sur le bonheur<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>A quoi bon dire\u00a0: \u00ab\u00a0encore cette sale pluie\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0; cela ne leur fait rien aux gouttes, ni aux nuages ni au vent. Pourquoi ne dites-vous pas aussi bien \u00ab\u00a0Oh\u00a0! la bonne petite pluie\u00a0!\u00a0\u00bb Je vous entends, cela ne fera rien du tout aux gouttes d\u2019eau, c\u2019est vrai, mais cela sera bon pour vous.<\/em>\u00a0\u00bb Dans une chanson c\u00e9l\u00e8bre, Georges Brassens nous a utilement rappel\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de la pluie et des parapluies.<\/p>\n<p>Sur sa grand \u2019route du bonheur, Alain va un peu plus loin que le plaisir pour soi seul. Il incite \u00e0 sourire aux autres. Car si le sourire ne fait rien \u00e0 la pluie, il transforme les hommes et, dit-il, par imitation, les rend moins tristes et ennuyeux.<\/p>\n<p>Je re\u00e7ois une vid\u00e9o de mon petit-fils (15 mois) qui jubile en pi\u00e9tinant dans les flaques. Je souris et m\u2019\u00e9merveille devant ce jeu passionn\u00e9, cette danse exub\u00e9rante. Et reste sid\u00e9r\u00e9 par l\u2019union subite des contraires\u00a0: le soleil est dans la pluie. On comprend H\u00e9raclite qui jouait aux osselets avec les enfants.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Alain<\/strong>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Et prenez aussi les hommes comme la pluie.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Claude Nougaro<\/strong>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La pluie fait des claquettes.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>S\u00e9n\u00e8que<\/strong>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La vie, ce n\u2019est pas d\u2019attendre que les orages passent, c\u2019est d\u2019apprendre comment danser sous la pluie<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parapluie philosophique \u00a0 \u00ab\u00a0Il pleure dans mon c\u0153ur comme il pleut sur la ville\u2026\u00a0\u00bb Nul mieux que Verlaine n\u2019a per\u00e7u et exprim\u00e9 l\u2019accord imm\u00e9diat et secret de la pluie et de la tristesse, sentiment trouble o\u00f9 confluent ennui, manque et ignorance. 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