{"id":961,"date":"2020-04-19T08:17:04","date_gmt":"2020-04-19T08:17:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=961"},"modified":"2020-04-19T08:26:38","modified_gmt":"2020-04-19T08:26:38","slug":"chronique-dun-deconfinement-jour-34-dimanche-19-avril","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=961","title":{"rendered":"CHRONIQUE D&rsquo;UN DECONFINEMENT (Jour 34\/ dimanche 19 avril)"},"content":{"rendered":"<p><strong>R\u00eaverie<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Par la fen\u00eatre, mon regard de confin\u00e9 se perd dans je ne sais quel monde. Je ne suis ni dehors ni dedans. Dans un pli du temps peut-\u00eatre, qui les referme l\u2019un sur l\u2019autre. Ou alors dans la transparence de la vitre qui relie l\u2019envers et l\u2019endroit\u00a0? Je r\u00eavasse. Au c\u0153ur de l\u2019oisivet\u00e9 mes songes passent avec les nuages qui se font et se d\u00e9font dans le ciel.<\/p>\n<p>Il y a les r\u00eaves qui remontent du sommeil au c\u0153ur de la nuit. Hi\u00e9roglyphes ind\u00e9chiffrables produits dans les profondeurs organiques ou formations de l\u2019inconscient psychique. Nous les acceptons et nous acceptons de ne pas tous pouvoir les interpr\u00e9ter. Sauf quand ils se r\u00e9p\u00e8tent avec insistance, ils ne nous emp\u00eachent pas de vivre la vie \u00e9veill\u00e9e. On peut m\u00eame s\u2019en amuser en les racontant aux autres.<\/p>\n<p>Il y a les projets que la volont\u00e9 lance dans le temps. Des dessins trac\u00e9s dans l\u2019avenir, des sculptures du possible. Tous n\u2019aboutissent pas, mais le projet conserve nos faveurs. Il transforme ce qui est. Il invente ce qui n\u2019est pas. Au hasard du r\u00eave, il oppose la n\u00e9cessit\u00e9 du d\u00e9sir. Et aux d\u00e9terminations psychiques la libert\u00e9 de penser et d\u2019agir.<\/p>\n<p>La r\u00eaverie, elle, ne b\u00e9n\u00e9ficie ni du prestige associ\u00e9 au projet ni de l\u2019hommage \u00e0 notre bizarrerie qui salue le r\u00eave. Un homme qui r\u00eavasse est improductif. La r\u00eaverie est synonyme de temps perdu, de mollesse, d\u2019anormalit\u00e9. Elle a mauvaise r\u00e9putation.<\/p>\n<p>Et pourtant, que d\u2019utilit\u00e9 et de tr\u00e9sors dans la r\u00eaverie. Les neurosciences qui s\u2019\u00e9chinent bien souvent \u00e0 encoder dans leur langage les \u00e9vidences que chacun sait d\u2019exp\u00e9rience, par le seul usage de soi, reconnaissent ses bienfaits sur le cerveau\u2026Notre vie psychique est rythm\u00e9e par de longues plages o\u00f9 la conscience se met en veille et laisse place \u00e0 la r\u00eaverie. Ces phases de repos sont indispensables\u00a0: elles permettent une r\u00e9cup\u00e9ration salutaire mais, s\u2019insinuant bien souvent au c\u0153ur de certaines actions, elles en facilitent le d\u00e9roulement.<\/p>\n<p>Mais il y a mieux encore. La r\u00eaverie diff\u00e8re de la contemplation et de la vision consciente. Dans la premi\u00e8re, le sujet dispara\u00eet dans le spectacle du monde. Dans la seconde, c\u2019est la r\u00e9alit\u00e9 qui reflue au profit d\u2019un regard qui l\u2019organise. Dans la r\u00eaverie, une autre facult\u00e9 entre en jeu\u00a0: l\u2019imagination.<\/p>\n<p>Le monde et le sujet se mettent l\u2019un et l\u2019autre en sourdine. Ils perdent toute pr\u00e9tention \u00e0 la centralit\u00e9. Le monde se d\u00e9r\u00e9alise et le sujet se met en retrait. Ils se retrouvent pourtant en se r\u00e9servant l\u2019un l\u2019autre mais sans pour autant dispara\u00eetre. Entre l\u2019inconscient et la volont\u00e9, le r\u00eave et le projet, l\u2019imagination ouvre un espace o\u00f9 la pens\u00e9e et le monde se cherchent et dialoguent \u00e0 mi-voix. Ils y sont libres l\u2019un pour l\u2019autre. Loin d\u2019\u00eatre passive et st\u00e9rile, la r\u00eaverie est une activit\u00e9 toute de vigueur et de cr\u00e9ation.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui les images r\u00e9gissent le monde humain. Mais ce sont des images techniques, surr\u00e9elles, coll\u00e9es aux pulsions, sans myst\u00e8re ni dynamisme interne. Ce sont des images mortes, des signaux, des stimuli.<\/p>\n<p>Le confinement nous r\u00e9apprend le charme et l\u2019utilit\u00e9 de la r\u00eaverie. Il nous rend \u00e0 notre pouvoir d\u2019imaginer. R\u00e9cup\u00e9rons-le sans scrupule ni mod\u00e9ration. R\u00e9apprenons \u00e0 imaginer. Nous en aurons encore plus besoin une fois sortis de cette sale p\u00e9riode.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Bachelard<\/strong>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le monde est mon imagination.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Amiel\u00a0: \u00ab\u00a0<\/strong><em>La r\u00eaverie, comme la pluie des nuits, fait reverdir les id\u00e9es fatigu\u00e9es et p\u00e2lies par la chaleur du jour. En se jouant elle accumule les mat\u00e9riaux pour l\u2019avenir et les images pour le talent\u2026c\u2019est le signe et la f\u00eate de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>Victor Hugo<\/strong>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Je suis le combattant des grandes r\u00eaveries. Le songe est mon ami et l\u2019utopie ma s\u0153ur.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Et une sonate de Scarlatti de mon ami Jean-Paul :<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/wp-content\/uploads\/sonate-K466.mov\">sonate K466<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00eaverie \u00a0 Par la fen\u00eatre, mon regard de confin\u00e9 se perd dans je ne sais quel monde. Je ne suis ni dehors ni dedans. Dans un pli du temps peut-\u00eatre, qui les referme l\u2019un sur l\u2019autre. Ou alors dans la transparence de la vitre qui relie l\u2019envers et l\u2019endroit\u00a0? Je r\u00eavasse. 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