{"id":959,"date":"2020-04-18T08:08:51","date_gmt":"2020-04-18T08:08:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=959"},"modified":"2020-04-18T08:09:05","modified_gmt":"2020-04-18T08:09:05","slug":"chronique-dun-deconfinement-jour-33-samedi-18-avril","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=959","title":{"rendered":"CHRONIQUE D&rsquo;UN DECONFINEMENT (Jour 33\/ samedi 18 avril)"},"content":{"rendered":"<p><strong>M\u00e9ditation sur l\u2019ivresse\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Boire ou ne pas boire ce soir\u00a0? La question est d\u2019actualit\u00e9, un samedi, apr\u00e8s l\u2019annonce d\u00e9primante d\u2019un confinement \u00e0 rallonge. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, clou\u00e9 chez soi, on n\u2019a plus besoin de capitaine de soir\u00e9e. L\u2019inqui\u00e9tude est lev\u00e9e du retour risqu\u00e9 \u00e0 la maison. On peut sans compter les verres se laisser aller \u00e0 une douce ivresse, \u00e0 un brouillage r\u00e9parateur des pens\u00e9es, \u00e0 un oubli salutaire des contraintes et des menaces. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, on redoute la tentation pressante de suivre la pente, de prendre le mauvais pli d\u2019une alcool\u00e9mie quotidienne, et puis boire comme un confin\u00e9, c\u2019est triste. Avec un masque, c\u2019est carr\u00e9ment impossible.<\/p>\n<p>Dans ce suspens digne d\u2019Hamlet, on peut aussi faire diversion et s\u2019interroger\u00a0: existerait-il une \u00e9thique de l\u2019ivresse\u00a0? Le sujet divise la compagnie des philosophes. Il en est qui, sans d\u00e9daigner l\u2019alcool, sont des mod\u00e8les de sobri\u00e9t\u00e9 (Montaigne, Descartes, Spinoza, Nietzsche). Il en est d\u2019autres, plus proches de nous (dans le temps) qui ont flirt\u00e9 avec l\u2019alcoolisme, tels Sartre, Camus, ou Deleuze.<\/p>\n<p>Et on en trouve encore qui sont de parfaits hypocrites, comme le sto\u00efcien S\u00e9n\u00e8que, propri\u00e9taire du plus grand vignoble de l\u2019empire et pourfendeur de l\u2019ivrognerie\u2026Sur ce terrain glissant de la consommation d\u2019alcool, rien ne discerne les philosophes des autres hommes, et c\u2019est d\u2019ailleurs grisant.<\/p>\n<p>L\u2019Antiquit\u00e9 a n\u00e9anmoins produit de r\u00e9elles philosophies de l\u2019ivresse qui peuvent aider \u00e0 se forger une opinion sur la question. Platon, par exemple, reste nuanc\u00e9. En substance, voici sa th\u00e9orie\u00a0: le vin trouble la raison, il prend le contr\u00f4le de l\u2019\u00e2me. L\u2019enivrement m\u00e8ne tout droit \u00e0 la d\u00e9mesure dionysiaque. Pour autant, le d\u00e9lire vinique exprime bien souvent une v\u00e9rit\u00e9 refoul\u00e9e. Les Romains se souviendront de ce pouvoir r\u00e9v\u00e9lateur pour frapper dans leur langue cette formule m\u00e9morable\u00a0: <em>in vino veritas<\/em>.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi Platon, loin de condamner l\u2019<em>ubris<\/em> de l\u2019\u00e9bri\u00e9t\u00e9, l\u2019int\u00e8gre dans son programme \u00e9ducatif des jeunes esprits. Pour tester pr\u00e9cis\u00e9ment leur \u00e2me raisonnable et accro\u00eetre la r\u00e9sistance de celle-ci. Ainsi le c\u00e9l\u00e8bre <em>Banquet<\/em> nous montre un Socrate pass\u00e9 ma\u00eetre dans l\u2019art de \u00ab\u00a0tenir l\u2019alcool\u00a0\u00bb. Le vin de Platon est un vecteur de connaissance.<\/p>\n<p>Son \u00e9l\u00e8ve Aristote, biologiste et m\u00e9decin, y trouve un singulier pouvoir. Celui de transformer l\u2019individu, de modifier son caract\u00e8re. Le vin introduit de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 dans l\u2019identit\u00e9. Mais, pr\u00e9cise-t-il, \u00ab\u00a0<em>Le buveur est incit\u00e9 m\u00eame \u00e0 donner des baisers \u00e0 des gens que personne, en \u00e9tat de sobri\u00e9t\u00e9, ne traiterait de la sorte, soit en raison de leur apparence, soit en raison de leur \u00e2ge.\u00a0\u00bb<\/em> Le vin est la voie royale de l\u2019amour\u2026M\u00eame si parfois le changement de l\u2019humeur produit l\u2019effet inverse.<\/p>\n<p>La volont\u00e9 de savoir, l\u2019envie d\u2019\u00eatre autre et l\u2019amour des autres, les pr\u00e9occupations de Platon et d\u2019Aristote ne sont-elles pas les n\u00f4tres aujourd\u2019hui au fond de notre confinement\u00a0?<\/p>\n<p>On ne peut terminer ce bref passage en revue des th\u00e9ories soulographiques, sans prendre un dernier verre avec Epicure. Celui-ci, vaincu par la gravelle, au seuil de la mort, demande un bain chaud et, apr\u00e8s, une lettre \u00e0 un ami, se fait porter du vin. Et c\u2019est toute distance abolie de la coupe aux l\u00e8vres, dans une ultime gorg\u00e9e de d\u00e9gustation, qu\u2019il rend une \u00e2me \u00e0 laquelle il avait voulu donner tant de plaisir de son vivant.<\/p>\n<p>A la sant\u00e9 des philosophes antiques\u00a0!<\/p>\n<p><b>Rabelais<\/b> <em>: \u00ab\u00a0<\/em><em>Le jus de la vigne clarifie l\u2019esprit et l\u2019entendement, apaise l\u2019ire, chasse la tristesse et donne joie et liesse.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Le Talmud<\/strong>\u00a0: \u00ab <em>Vient le vin, sort le secret.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Coluche<\/strong>\u00a0: \u00ab <em>Un alcoolique, c\u2019est quelqu\u2019un que vous n\u2019aimez pas et qui boit autant que vous.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>Bernard Shaw<\/strong>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>L\u2019alcool est un anesth\u00e9sique qui permet de supporter l\u2019op\u00e9ration de la vie.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>M\u00e9ditation sur l\u2019ivresse\u00a0 \u00a0 Boire ou ne pas boire ce soir\u00a0? 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