{"id":944,"date":"2020-04-14T07:04:02","date_gmt":"2020-04-14T07:04:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=944"},"modified":"2020-04-14T07:05:08","modified_gmt":"2020-04-14T07:05:08","slug":"chronique-dun-deconfinement-jour-29-mardi-14-avril","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=944","title":{"rendered":"CHRONIQUE D&rsquo;UN DECONFINEMENT (Jour 29\/ mardi 14 avril)"},"content":{"rendered":"<p><strong>D\u00e9sert<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019annonce est tomb\u00e9e\u00a0: un mois de plus\u2026 Un mois de plus, avec ces journ\u00e9es sans fin, ces commerces ferm\u00e9s, ces rues vides immobiles entre maisons et goudron, ces quartiers silencieux et fig\u00e9s, ces enfants, parents et amis \u00e9loign\u00e9s. Un mois de plus avec cet esprit sec et br\u00fblant et cette impression que le corps s\u2019ass\u00e8che, qu\u2019il manque d\u2019eau. Confinement\u00a0: \u00a0glissement dans les sables de l\u2019absence et de l\u2019inanim\u00e9.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la dune molle, une autre dune molle. Apr\u00e8s le mirage tremblant, un autre mirage tremblant. C\u2019est une travers\u00e9e du d\u00e9sert. En temps normal, il fallait payer tr\u00e8s cher pour la vivre en simili dans des voyages organis\u00e9s, au Sahara ou ailleurs. Aujourd\u2019hui le voyage est gratuit et vrai de vrai.<\/p>\n<p>Nous atteignons le vingt-neuvi\u00e8me jour du confinement d\u00e9sertique. Nos pas gliss\u00e9s dans les traces du rocker Jean-Patrick Capdevielle et nos oreilles emplies de son tube c\u00e9l\u00e8bre, nous nous interrogeons sur cette exp\u00e9rience individuelle et collective si \u00e9trange qu\u2019elle para\u00eet irr\u00e9elle. <em>Vox clamantis in deserto<\/em>\u2026<\/p>\n<p>D\u00e9sert vient du verbe latin <em>desero<\/em> qui signifie abandonner, se s\u00e9parer. Le d\u00e9sert g\u00e9ographique, lieu inculte et d\u00e9peupl\u00e9, fournit la m\u00e9taphore de la solitude. \u00a0L\u2019image mat\u00e9rielle fait signe vers la s\u00e9paration que chacun doit assumer pour se vivre pleinement lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Le d\u00e9sert alors devient synonyme d\u2019errance et de recherche, comme celles de Mo\u00efse et de son peuple en marche vers la terre promise. C\u2019est aussi le d\u00e9cor de l\u2019\u00e9preuve\u00a0int\u00e9rieure : durant quarante jours, J\u00e9sus y affronte le je\u00fbne et les tentations de Satan. L\u2019homme aussi y teste sa volont\u00e9\u00a0: Le D\u00e9sert nomme le lieu clandestin o\u00f9, durant un si\u00e8cle (1685-1789), les Protestants de France pratiquaient leur religion. Le d\u00e9sert \u00e9veille la r\u00e9sistance inflexible.<\/p>\n<p>Avec son d\u00e9cor min\u00e9ral et solaire, vide et immense, le d\u00e9sert -symbolique ou r\u00e9el- nous met en pr\u00e9sence de l\u2019inhumain et de cette satan\u00e9e finitude avec laquelle il nous faut cohabiter et pactiser. La mort y r\u00f4de sous le soleil.<\/p>\n<p>Mais son exp\u00e9rience fascinante et endurante est aussi cathartique \u2013 du grec <em>catharsis, <\/em>purge et purification. Purification par la chaleur et la lumi\u00e8re, par dessication de l\u2019inessentiel, par un feu invisible venu de l\u2019int\u00e9rieur. Le d\u00e9sert, c\u2019est l\u2019\u00e9preuve de v\u00e9rit\u00e9. L\u2019homme y regarde vers l\u2019absolu et vers ce qui est absolu dans et pour sa vie.<\/p>\n<p>Les alchimistes voyaient dans le feu un symbole de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration. L\u2019asc\u00e8se d\u00e9sertique a ses vertus. Patience\u00a0: elle redonne la vie, elle relance vers la vie. Comme toute \u00e9preuve, le d\u00e9sert n\u2019est qu\u2019un lieu de passage, un sas entre deux \u00e9tats. On sort transform\u00e9 par son d\u00e9fi incandescent, d\u00e9cap\u00e9, remis \u00e0 neuf. Le d\u00e9sert est l\u2019occasion d\u2019un questionnement salutaire. On n\u2019y perd que des illusions et des parts inessentielles de soi. Et puis, il reste tant d\u2019oasis \u00e0 d\u00e9couvrir. La travers\u00e9e du confinement continue. D\u00e9sertons-nous\u00a0!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Capdevielle<\/strong>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Quand t\u2019es dans le d\u00e9sert depuis trop longtemps, tu te demandes \u00e0 quoi \u00e7a sert toutes les r\u00e8gles un peu truqu\u00e9es\u2026\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>Saint-Exup\u00e9ry<\/strong>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>J\u2019ai toujours aim\u00e9 le d\u00e9sert\u2026On n\u2019entend rien et cependant quelque chose rayonne en silence<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Nietzsche<\/strong>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Malheur \u00e0 celui qui abrite en lui des d\u00e9serts\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Monod<\/strong>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le d\u00e9sert est beau, ne ment pas, il est propre<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9sert &nbsp; L\u2019annonce est tomb\u00e9e\u00a0: un mois de plus\u2026 Un mois de plus, avec ces journ\u00e9es sans fin, ces commerces ferm\u00e9s, ces rues vides immobiles entre maisons et goudron, ces quartiers silencieux et fig\u00e9s, ces enfants, parents et amis \u00e9loign\u00e9s. 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