{"id":939,"date":"2020-04-13T07:29:48","date_gmt":"2020-04-13T07:29:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=939"},"modified":"2020-04-23T22:12:35","modified_gmt":"2020-04-23T22:12:35","slug":"chronique-dun-deconfinement-jour28-lundi-14-avril","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=939","title":{"rendered":"CHRONIQUE D&rsquo;UN DECONFINEMENT (Jour28\/ lundi 13 avril)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Je marche donc je suis\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Une heure de marche par jour\u2026C\u2019est ridiculement peu. Raison de plus pour en tirer le meilleur profit, c\u2019est-\u00e0-dire y glisser un souffle de philosophie. La marche s\u2019y pr\u00eate, c\u2019est une activit\u00e9 hautement m\u00e9ditative, d\u2019autant plus quand on est oblig\u00e9 de la pratiquer en individuel.<\/p>\n<p>La philosophie n\u2019a pas attendu les \u00e9crivains ou les mouvements politiques \u00e0 la mode pour se mettre en marche. Parmi les plus c\u00e9l\u00e8bres penseurs, inconditionnels de la d\u00e9ambulation, on citera Aristote, Rousseau et Nietzsche.<\/p>\n<p>Aristote, donnait ses cours en se promenant avec ses disciples. On les nommait les p\u00e9ripat\u00e9ticiens. Se promener en grec se dit <em>peripatein, <\/em>le terme a depuis \u00e9t\u00e9 recycl\u00e9 dans un registre plus trivial. Mis\u00e8re de la philosophie\u2026<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Je ne puis m\u00e9diter qu\u2019en marchant.<\/em>\u00a0\u00bb Pour Rousseau, ex-enfant fugueur et philosophe de la promenade, la marche en pleine nature n\u2019est pas un exercice physique mais une condition pour penser. C\u2019est une occasion pour lui de refaire son unit\u00e9 en se dilatant dans \u00ab\u00a0<em>l\u2019immensit\u00e9 des \u00eatres.<\/em>\u00a0\u00bb C\u2019est sur la route de la prison de Vincennes, o\u00f9 il allait rendre visite \u00e0 Diderot, qu\u2019il a commenc\u00e9 la r\u00e9daction de son premier Discours pour entrer de plain-pied dans le monde litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Nietzsche a con\u00e7u son Zarathoustra au cours d\u2019une randonn\u00e9e sur les pentes de la Riviera italienne. Penseur des sentiers escarp\u00e9s et de l&rsquo;aplomb solaire,\u00a0 il trouve dans la marche une d\u00e9licieuse surexcitation\u00a0: \u00ab\u00a0<em>On est parfaitement hors de soi avec la conscience la plus distincte d\u2019une infinit\u00e9 de frissons d\u00e9licats, de ruissellements qui vous parcourent jusqu\u2019aux orteils.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>Po\u00e8te qui avait les philosophes en grippe, mais qui cherchait \u00e0 tout prix \u00e0 mettre de l\u2019esprit dans ses mots, Val\u00e9ry trouvait dans la marche un rythme physique propice aux cadences po\u00e9tiques et au d\u00e9compte des pieds. Un jour dans les rues de Paris, il constate\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Je fus saisi d\u2019un rythme qui s\u2019imposait \u00e0 moi, et me donna bient\u00f4t l\u2019impression d\u2019un fonctionnement \u00e9tranger.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>La marche aide le moi \u00e0 s\u2019all\u00e9ger de sa propre charge et en ce sens elle est un exercice salutaire de d\u00e9lestage. B\u00e9n\u00e9fique pour le corps, elle poss\u00e8de des effets th\u00e9rapeutiques sur l\u2019esprit, stimulant sa cr\u00e9ativit\u00e9, son pouvoir d\u2019\u00e9vasion et de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p>Pour l\u2019anecdote, la marche est \u00e9galement un motif de divergence entre philosophes illustres. Trouvant absurde la proposition de Descartes \u00ab\u00a0<em>Je pense donc je suis<\/em>\u00a0\u00bb, Hobbes lui sugg\u00e9rait d\u2019en changer la premi\u00e8re partie\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Je me prom\u00e8ne donc je suis.\u00a0\u00bb <\/em>D\u2019une susceptibilit\u00e9 maladive, Descartes r\u00e9pondit en substance que pour affirmer qu\u2019on se prom\u00e8ne il fallait d\u2019abord en \u00eatre conscient, et cessa d\u00e8s lors toute correspondance avec Hobbes.<\/p>\n<p>Mais la marche philosophique tente tout de m\u00eame d\u2019aller plus loin que ces bisbilles. Philosopher, nous dit Jaspers, c\u2019est \u00ab\u00a0<em>\u00eatre en route<\/em>\u00a0\u00bb, prendre part \u00e0 l\u2019histoire des hommes, \u00e0 ses processions et \u00e0 ses farandoles, \u00e0 ses progr\u00e8s \u00e0 et ses retours en arri\u00e8re, ses ascensions et ses chutes spectaculaires, ses chemins de cr\u00eates et ses voies de traverse.<\/p>\n<p>Il existe un <em>cogito<\/em> de la marche qu\u2019on peut pratiquer sans mod\u00e9ration, <em>pedibus cum jambis<\/em>. En latin je marche se dit <em>ambulo<\/em>, qui a donn\u00e9 ambulance\u2026 \u00a0\u00ab\u00a0<em>Ambulo, ergo sum.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui les citations ont suivi le cours de la promenade\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je marche donc je suis\u00a0 \u00a0 Une heure de marche par jour\u2026C\u2019est ridiculement peu. Raison de plus pour en tirer le meilleur profit, c\u2019est-\u00e0-dire y glisser un souffle de philosophie. 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