{"id":844,"date":"2020-04-01T06:48:33","date_gmt":"2020-04-01T06:48:33","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=844"},"modified":"2020-04-11T16:35:36","modified_gmt":"2020-04-11T16:35:36","slug":"chronique-dun-deconfinement-jour-16-1er-avril","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=844","title":{"rendered":"CHRONIQUE D&rsquo;UN DECONFINEMENT (Jour 16\/ mercredi 1er avril)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Virus de la politique<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>L\u2019homme est un animal politique<\/em>\u00a0\u00bb, nous a dit Aristote. Il est difficile d\u2019\u00e9tablir lequel, des deux attributs prend le pas sur l\u2019autre, tant, dans l\u2019homme, la bestialit\u00e9 supplante bien souvent, l\u2019\u00eatre politique. Il arrive aussi que les deux se confondent pour produire des p\u00e9riodes de r\u00e9gressions absolue. Et la d\u00e9finition oublie aussi que l\u2019animal, s\u2019il peut vivre en communaut\u00e9s, n\u2019est agressif que par instinct.<\/p>\n<p>Toujours est-il que le virus, monstre nanom\u00e9trique aux fronti\u00e8res du biologique, n\u2019a eu besoin que de quelques jours pour terrasser l\u2019animal politique. En France, il a repouss\u00e9 le second tour des \u00e9lections municipales plongeant la vie politique dans une parenth\u00e8se in\u00e9dite.<\/p>\n<p>Il a m\u00eame autour de lui r\u00e9pandu un consensus inimaginable il y a quelques semaines. Des candidats et des partis qui s\u2019opposaient, se salissaient, s\u2019injuriaient encore les jours pr\u00e9c\u00e9dents, ont soudain fait silence avec l\u2019arriv\u00e9e du virus. S\u2019il n\u2019\u00e9tait mortel, on dirait que le virus a r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9aliser la plus grande union sacr\u00e9e jamais r\u00e9alis\u00e9 sur la sc\u00e8ne politique nationale.<\/p>\n<p>Les partis se sont mis en sourdine. Plus de critique d\u2019un camp envers l\u2019autre. La bataille, la dispute, la surench\u00e8re, les coups bas et les r\u00e8glements de comptes, toutes ces postures qui font l\u2019ordinaire de la politique spectacle ont \u00e9t\u00e9 remis\u00e9es dans les coulisses. Apr\u00e8s quinze jours de confinement, quelques l\u00e9zardes apparaissent, on per\u00e7oit des murmures derri\u00e8re les parois mais dans l\u2019ensemble la maison commune tient bon.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps o\u00f9 ils paraissent se raccorder, les partis se sont rapproch\u00e9s de ce peuple auxquels ils ne cessent de se r\u00e9f\u00e9rer sans pour autant le comprendre. Ils adh\u00e8rent \u00e0 ses valeurs cardinales, comme pour exemples, la d\u00e9cence dans l\u2019adversit\u00e9, la mansu\u00e9tude \u00e0 l\u2019\u00e9gard des autres, la mod\u00e9ration dans le jugement. Nous-m\u00eames aussi, nous changeons notre regard sur eux. La souffrance et la disparition d\u2019\u00e9lus emport\u00e9s par le virus dans et par l\u2019exercice de leurs fonctions modifient notre perception de sceptiques.<\/p>\n<p>Nous saurons bient\u00f4t si l\u2019unit\u00e9 n\u00e9e l\u2019\u00e9preuve n\u2019est que de fa\u00e7ade, ou si la crise sanitaire cr\u00e9e enfin les conditions d\u2019un monde plus juste et plus solidaire. Pour l\u2019heure, on mesure pleinement combien, sans passion politique, la vie collective devient triste. Sans spectacle, il n\u2019y a plus de critiques du spectacle, nous n\u2019existons plus. Le vide d\u00e9mocratique tourne \u00e0 l\u2019insupportable.<\/p>\n<p>Ce vide n\u2019est pas seulement ennuyeux, il est aussi dangereux. Ses risques sont aussi mortels que le virus. L\u2019absence de vie politique, ce n\u2019est pas la libert\u00e9 rendue au citoyen, c\u2019est sa disparition, c\u2019est le r\u00e8gne de la dissimulation et de l\u2019oppression. C\u2019est un trou noir d\u00e9mocratique. Cela s\u2019appelle la dictature. Ailleurs le confinement a cach\u00e9 des cadavres.<\/p>\n<p>Gardons confiance\u00a0: il y a fort \u00e0 parier que la machine d\u00e9mocratique va se remettre \u00e0 tourner \u00e0 pleine chauffe d\u00e8s que nous serons sortis de cette \u00e9trange p\u00e9riode. Et ce sera un autre signe que nous sommes gu\u00e9ris, que nous sommes vivants.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><strong>Hannah Arendt<\/strong><em>\u00a0: \u201cSans une vie publique politiquement garantie, il manque \u00e0 la libert\u00e9 l\u2019espace mondain o\u00f9 faire son apparition.\u201d<\/em><\/p>\n<p><strong>Spinoza<\/strong>\u00a0: \u00ab <em>L\u2019homme qui est conduit par la raison est plus libre dans l\u2019Etat o\u00f9 il vit selon le d\u00e9cret commun que dans la solitude o\u00f9 il n\u2019ob\u00e9it qu\u2019\u00e0 lui seul.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Aristote\u00a0<\/strong>: <em>\u00ab\u00a0La fin de la politique sera le Bien proprement humain.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Virus de la politique \u00a0 \u00ab\u00a0L\u2019homme est un animal politique\u00a0\u00bb, nous a dit Aristote. Il est difficile d\u2019\u00e9tablir lequel, des deux attributs prend le pas sur l\u2019autre, tant, dans l\u2019homme, la bestialit\u00e9 supplante bien souvent, l\u2019\u00eatre politique. Il arrive aussi que les deux se confondent pour produire des p\u00e9riodes de r\u00e9gressions absolue. 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