{"id":842,"date":"2020-03-31T07:31:14","date_gmt":"2020-03-31T07:31:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=842"},"modified":"2020-04-11T16:29:49","modified_gmt":"2020-04-11T16:29:49","slug":"chronique-dun-deconfinement-jour-15-mardi-1er-avril","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=842","title":{"rendered":"CHRONIQUE D&rsquo;UN DECONFINEMENT (Jour 15, mardi 31 mars))"},"content":{"rendered":"<p><strong>Pers\u00e9v\u00e9rer\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>En ce quinzi\u00e8me jour de confinement interminable, un rendez-vous avec Spinoza s\u2019impose pour renforcer nos d\u00e9fenses immunitaires philosophiques. En p\u00e9riode d\u2019\u00e9garement et sous l\u2019effet du march\u00e9 du livre, il est devenu un philosophe miraculeux, un ap\u00f4tre de la b\u00e9atitude, un champion de la r\u00e9silience. Personne ne le lit \u2013 trop difficile\u2026- mais tout le monde sait s\u2019en convaincre : Spinoza l\u2019a dit, il faut \u00eatre joyeux. C\u2019est l\u00e0 un imp\u00e9ratif d\u00e9bile, aussi d\u00e9courageant que la lecture des pages de <em>L\u2019Ethique<\/em>.<\/p>\n<p>En v\u00e9rit\u00e9, Spinoza n\u2019a rien d\u2019un gourou ni d\u2019un directeur de conscience. Ce serait plut\u00f4t une sorte de \u00ab\u00a0grand fr\u00e8re\u00a0\u00bb de la pens\u00e9e, qui \u00e9claire et oriente sans obliger.\u00a0 Il affirme que tous les sentiments se rapportent au d\u00e9sir, \u00e0 la tristesse et \u00e0 la joie. Chacun d\u2019entre nous est anim\u00e9 d\u2019un d\u00e9sir qui le pousse \u00e0\u00a0\u00ab <em>pers\u00e9v\u00e9rer dans son \u00eatre<\/em>\u00a0\u00bb. Cette puissance d\u2019\u00eatre, qui porte le corps comme l\u2019esprit subit des variations en fonction des \u00e9v\u00e9nements\u00a0qui nous affectent : la tristesse l\u2019affaiblit\u00a0; la joie, au contraire, l\u2019augmente.<\/p>\n<p>Devant un \u00e9v\u00e9nement malheureux de ma vie qui survient par des causes ext\u00e9rieures, je peux, victime de mon imagination et de mes interpr\u00e9tations, succomber \u00e0 la tristesse. Mais si j\u2019adopte une autre perspective, d\u2019abord en faisant usage de ma raison, en analysant ce qui arrive et en prenant conscience des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9alit\u00e9, alors ma vision change, elle se d\u00e9croche en quelque sorte des affects premiers que je subis.<\/p>\n<p>Spinoza ne propose pas de se r\u00e9signer aux \u00e9v\u00e9nements, de consentir au malheur, de se soumettre \u00e0 un ordre du monde ou \u00e0 la fatalit\u00e9 de ce qui arrive. Il n\u2019invente pas avant l\u2019heure une sorte de m\u00e9thode Cou\u00e9, aussi ennuyeuse qu\u2019inefficace. Il n\u2019incite pas \u00e0 ce retournement d\u2019amertume qui nous pousse \u00e0 secouer brutalement notre tristesse. Il n\u2019en rajoute pas comme Nietzsche, qui ouvre grand les bras \u00e0 son malheur criant qu\u2019il faut l\u2019aimer et souhaiter qu\u2019il revienne mille fois\u2026<\/p>\n<p>La philosophie de Spinoza nous encourage \u00e0 donner un sens \u00e0 une joie possible. Il l\u2019enracine dans le d\u00e9sir de vie qui pilote aussi notre raison et l\u2019incite sans rel\u00e2che \u00e0 trouver des points de passage dans l\u2019adversit\u00e9, des prises d\u2019air, des voies de naissance et de renaissance. Mais cette ouverture a du sens \u00e9galement parce qu\u2019elle r\u00e9sulte d\u2019un choix que nous effectuons. Et dans un choix, c\u2019est notre libert\u00e9 qui s\u2019affirme.<\/p>\n<p>Cette philosophie, imparfaitement survol\u00e9e ici, a trouv\u00e9 son terreau dans une r\u00e9clusion extr\u00eame, son nid dans un tissu de mal\u00e9dictions. Spinoza vivait seul, exclu de sa communaut\u00e9 pour ses conceptions anti-religieuses, vou\u00e9 \u00e0 une quasi clandestinit\u00e9 pour ses id\u00e9es politiques, pauvre comme job, souffrant d\u2019une phtisie qui l\u2019a emport\u00e9 \u00e0 quarante-trois ans. Sa r\u00e9flexion sur la joie est une fleur du confinement. Elle doit nous inspirer en ces temps de d\u00e9s\u0153uvrement forc\u00e9, de tristesse et d\u2019angoisse.<\/p>\n<p><strong>Spinoza<\/strong>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le d\u00e9sir qui na\u00eet de la joie est plus fort que celui qui na\u00eet de la tristesse.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>Christian Bobin<\/strong>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La joie de ce travail dont rien ne vient \u00e0 bout\u00a0: vivre.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>Confucius\u00a0<\/strong>: \u00ab\u00a0<em>La joie est en tout, la beaut\u00e9 aussi, il faut savoir les extraire.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pers\u00e9v\u00e9rer\u00a0 \u00a0 En ce quinzi\u00e8me jour de confinement interminable, un rendez-vous avec Spinoza s\u2019impose pour renforcer nos d\u00e9fenses immunitaires philosophiques. 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