{"id":835,"date":"2020-03-28T08:52:50","date_gmt":"2020-03-28T08:52:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=835"},"modified":"2020-04-11T16:31:55","modified_gmt":"2020-04-11T16:31:55","slug":"chronique-dun-confinement-jour-12-samedi-28mars","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=835","title":{"rendered":"CHRONIQUE D&rsquo;UN CONFINEMENT (Jour 12\/ samedi 28 mars)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Infini\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>La philosophie n\u2019est pas une activit\u00e9 lexicale sur le sens oubli\u00e9 des mots mais il faut bien constater la proximit\u00e9 des termes confinement et infini. Elle se confirme dans les \u00e9changes nourris que cette chronique a suscit\u00e9s. Le confinement nous apporte un b\u00e9n\u00e9fice secondaire impr\u00e9vu\u00a0: il nous oriente vers l\u2019infini, ce qui n\u2019est pas, il faut le reconna\u00eetre notre tendance naturelle.<\/p>\n<p>En temps normal, l\u2019infini ne fait pas partie de nos pr\u00e9occupations imm\u00e9diates. Chacun se voue \u00e0 ses affaires, dans la sph\u00e8re born\u00e9e de son travail, de sa famille et de ses int\u00e9r\u00eats. Il faut la nuit des \u00e9toiles \u00e0 la plupart d\u2019entre nous pour que l\u2019immensit\u00e9 de l\u2019univers, son myst\u00e8re et sa beaut\u00e9, nous effleurent l\u2019esprit, le temps d\u2019 un soir d\u2019\u00e9t\u00e9. C\u2019est comme si l\u2019infini, l\u2019\u00e9ternit\u00e9, l\u2019absolu et toute une cha\u00eene brillante d\u2019id\u00e9es grand format restaient incompatibles avec la vie ordinaire et born\u00e9e des hommes. L\u2019infini est inhumain.<\/p>\n<p>Depuis une dizaine de jours pourtant, sous l\u2019effet d\u2019un confinement qui nous lib\u00e8re des contraintes de l\u2019activit\u00e9, l\u2019inhumanit\u00e9 de l\u2019infini s\u2019est immisc\u00e9e dans notre vie. Sous la forme de l\u2019infiniment petit d\u2019un virus aussi invisible qu\u2019angoissant parce que dou\u00e9 d\u2019une puissance destructrice plan\u00e9taire. Notre \u00e9gocentrisme d\u2019esp\u00e8ce et d\u2019individus n\u2019y a pas r\u00e9sist\u00e9.<\/p>\n<p>Alors nous estimant maintenant peu de chose, enclos dans la conscience de nos limites, nous tournons nos regards vers un autre infini, aux couleurs de myst\u00e8re, de doute ou d\u2019incompr\u00e9hension, dont nous cherchons le visage dans le ciel sans fond.<\/p>\n<p>Mais qu\u2019est-ce que l\u2019infini\u00a0? Une amie qui a inspir\u00e9 cette chronique souligne qu\u2019on ne peut le conna\u00eetre, que s\u2019il reste sourd \u00e0 nos appels, c\u2019est peut-\u00eatre pour notre bien ou parce qu\u2019on ne sait pas entendre ses messages. Un autre sugg\u00e8re qu\u2019il est toujours derri\u00e8re nous comme un mur invisible auquel on serait adoss\u00e9. J\u2019en conclus -trop vite sans doute, soit qu\u2019il en existe une quantit\u00e9 infinie d\u2019infinis, soit que l\u2019infini n\u2019est que la projection de notre subjectivit\u00e9. Et l\u00e0, l\u2019infini se complique\u2026<\/p>\n<p>Pascal, grand sondeur d\u2019infini, fournit quelques balises. Il nous invite \u00e0 distinguer trois, ou plut\u00f4t trois ordres d\u2019infinis. Celui des corps, disons de la nature et de l\u2019univers. Celui de l\u2019esprit, qui peut conna\u00eetre le pr\u00e9c\u00e9dent et qui est conscient de lui-m\u00eame. Celui enfin que Pascal, en bon chr\u00e9tien, nomme infini de la charit\u00e9, terme \u00e9quivalent \u00e0 ce que nous nommons amour. Ils s\u2019emboitent comme des poup\u00e9es gigognes le dernier englobant les deux autres.<\/p>\n<p>La petitesse et la fragilit\u00e9 de nos corps dans l\u2019univers, la libert\u00e9 sans limite de notre esprit, et l\u2019amour, sous toutes ses formes, plus important encore\u00a0: c\u2019est bien ce que nous retrouvons dans la nudit\u00e9 de notre confinement. Celui-ci se prolonge alors qu\u2019il nous semblait d\u00e9j\u00e0 durer une \u00e9ternit\u00e9. Apr\u00e8s tout, si l\u2019infini nous rend temporairement un peu plus grands\u2026<\/p>\n<p><strong>Madame de Sta\u00ebl\u00a0:<\/strong> \u00ab\u00a0<em>Nous ne connaissons l\u2019infini que par la douleur.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>L\u00e9vinas <\/strong>: \u00ab<em>\u00a0La subjectivit\u00e9 est hospitalit\u00e9 d\u2019Autrui. En elle se consomme l\u2019id\u00e9e de l\u2019infini.\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n<p><strong>Hobbes<\/strong><em>\u00a0: \u201cQuand nous disons qu\u2019une chose est infinie, nous voulons seulement\u00a0dire que nous ne sommes pas capables d\u2019en concevoir les termes et les bornes : ce n\u2019est pas de la chose que nous avons une conception, mais de notre incapacit\u00e9\u201d<\/em><\/p>\n<p><strong>Christian Bobin\u00a0<\/strong>: \u00ab\u00a0<em>La moindre joie ouvre sur l\u2019infini.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Infini\u00a0 \u00a0 La philosophie n\u2019est pas une activit\u00e9 lexicale sur le sens oubli\u00e9 des mots mais il faut bien constater la proximit\u00e9 des termes confinement et infini. Elle se confirme dans les \u00e9changes nourris que cette chronique a suscit\u00e9s. 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