{"id":822,"date":"2020-03-23T08:44:30","date_gmt":"2020-03-23T08:44:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=822"},"modified":"2020-04-11T16:30:42","modified_gmt":"2020-04-11T16:30:42","slug":"chronique-dun-confinement-jour-7-lundi-23-mars","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=822","title":{"rendered":"CHRONIQUE D&rsquo;UN CONFINEMENT (Jour 7\/ lundi 23 mars)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Confinement cynique<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Imaginez\u2026Votre espace se r\u00e9duit comme peau de chagrin. Un appartement plus petit. Une chambre. Une demi-chambre. Un tonneau. L\u2019horreur\u2026C\u2019est pourtant l&rsquo;habitacle exigu o\u00f9 Diog\u00e8ne passait ses nuits et une partie de ses journ\u00e9es, en bordure de l\u2019agora d\u2019Ath\u00e8nes. Cette image d\u2019Epinal de la philosophie appelle un correctif imm\u00e9diat. Le tonneau \u00e9tait plus certainement une amphore de rebut. Comme chacun le sait, la futaille est une invention revendiqu\u00e9e fi\u00e8rement et \u00e0 juste titre par les Gaulois.<\/p>\n<p>Comment Diog\u00e8ne s\u2019est-il retrouv\u00e9 dans ce confinement\u00a0extr\u00eame? Ce n\u2019est pas une \u00e9pid\u00e9mie qui a caus\u00e9 son exil de sa cit\u00e9 natale de Synope, colonie grecque, situ\u00e9e dans l\u2019actuelle Turquie. C\u2019est une escroquerie dont les circonstances restent d\u2019ailleurs obscures. Il aurait, \u00e0 moins que ce ne soit son p\u00e8re, fabriqu\u00e9 de la fausse monnaie. A Ath\u00e8nes, l\u2019exil\u00e9 Diog\u00e8ne se retrouve l\u00e2ch\u00e9 par l\u2019ami qui devait l\u2019h\u00e9berger et finit \u00e0 la rue. Dans une jarre sans doute inutilisable.<\/p>\n<p>Le nom de cynique -tir\u00e9 de chien en grec- viendrait de celui d\u2019un gymnase, mais il renvoie \u00e9galement au mode de vie de Diog\u00e8ne et \u00e0 sa d\u00e9signation par les Ath\u00e9niens. Le cynisme antique n\u2019a rien \u00e0 voir avec le cynisme d\u2019aujourd\u2019hui m\u00e9lange de b\u00eatise et de je m\u2019en foutisme. Dans cette jarre puante autour de laquelle les chiens viennent disputer sa maigre nourriture, pendant que Platon et ses amis font ripaille dans de somptueux banquet, autour de laquelle aussi les orgueilleux citoyens grecs viennent au spectacle, Diog\u00e8ne \u00e9labore une philosophie r\u00e9siliente et combative.<\/p>\n<p>Son originalit\u00e9 tient dans le retournement des situations n\u00e9gatives. Quand, par exemple, on lui rappelle sa condamnation \u00e0 l\u2019exil par ses concitoyens, Diog\u00e8ne r\u00e9plique\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Et moi je les ai assign\u00e9s \u00e0 r\u00e9sidence\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> Ce grand retournement s\u2019applique \u00e0 tout. Pour le cynique, l\u2019\u00e9preuve constitue toujours une sorte de d\u00e9fi. Elle nous apprend la r\u00e9sistance et il reste possible d\u2019y trouver une relative s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. La posture philosophique de Diog\u00e8ne, toute de rigueur et de courage, suscita jusqu\u2019\u00e0 l\u2019admiration d\u2019Alexandre le Grand.<\/p>\n<p>Le cynisme, c\u2019est la sup\u00e9riorit\u00e9 de la nature sur les conventions, de la pauvret\u00e9 et de la nudit\u00e9 sur la richesse, la r\u00e9ussite et le pouvoir, de la sexualit\u00e9 libre sur la vie conjugale, de l\u2019errance sur la citoyennet\u00e9, de la franchise sur l\u2019hypocrisie. Critique cinglant, provocateur inlassable\u00a0: tel \u00e9tait Diog\u00e8ne, qui en plein jour cherchait l\u2019homme une lanterne \u00e0 la main.<\/p>\n<p>Cet homme-chien ne s\u2019attache pas \u00e0 Ath\u00e8nes. Il vit alors <em>\u00ab\u00a0sans cit\u00e9, sans maison, priv\u00e9 de patrie, mendiant, vagabond, au jour le jour\u00a0\u00bb.<\/em> \u00c0 la question <em>\u00ab\u00a0D\u2019o\u00f9 es-tu\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em>, Diog\u00e8ne r\u00e9pond : <em>\u00ab\u00a0Je suis citoyen du monde.\u00a0\u00bb\u00a0<\/em> Dans la p\u00e9nombre de sa jarre f\u00eal\u00e9e, pauvre et solitaire, il a ainsi fait germer une id\u00e9e, sans murs ni fronti\u00e8re, aux dimensions plan\u00e9taires et \u00e0 laquelle notre mondialisation donne une ampleur sans pr\u00e9c\u00e9dent\u00a0: le cosmopolitisme. C\u2019est aussi la le\u00e7on philosophique du cynisme antique\u00a0: du confinement maximal naissent des projets grandioses.<\/p>\n<p>PS\u00a0: Ce n\u2019est pas une raison pour oublier la situation dramatique et tordue de nos SDF et cette contradiction in\u00e9dite d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9ment bien bizarre qui ne parvient pas \u00e0 confiner ceux qu\u2019elle a jet\u00e9s \u00e0 la rue\u2026<\/p>\n<p><strong>Sartre<\/strong>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>On peut toujours faire quelque chose de ce qu\u2019on a fait de nous\u201d<\/em><\/p>\n<p><strong>Eluard\u00a0:<\/strong> \u00ab\u00a0<em>Sur les murs de mon ennui, j\u2019\u00e9cris ton nom, libert\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>Amin Maalouf\u00a0<\/strong>: \u00ab\u00a0<em>Rentrons et fermons la porte on pourrait entendre notre bonheur.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Confinement cynique &nbsp; Imaginez\u2026Votre espace se r\u00e9duit comme peau de chagrin. 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