{"id":1023,"date":"2020-05-07T06:45:53","date_gmt":"2020-05-07T06:45:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=1023"},"modified":"2022-05-16T20:15:36","modified_gmt":"2022-05-16T20:15:36","slug":"chronique-dun-deconfinement-jour-52-jeudi-7-mai","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=1023","title":{"rendered":"CHRONIQUE D&rsquo;UN DECONFINEMENT (Jour 52\/ jeudi 7 mai)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Virus et v\u00e9rit<\/strong>\u00e9<\/p>\n<p>Dissimulation, mensonge, scepticisme, paradoxes, discours contradictoires, dilemmes, revirements, simulations fausses nouvelles\u2026rarement notre besoin de v\u00e9rit\u00e9 aura \u00e9t\u00e9 aussi malmen\u00e9 que depuis l\u2019irruption du Covid-19 dans notre champ de vie et de pens\u00e9e. Nous sortons du confinement lav\u00e9 de toute certitude et le cerveau d\u00e9traqu\u00e9.<\/p>\n<p>Avant son arriv\u00e9e, chacun \u00e9tait le centre d\u2019un petit cercle de croyances o\u00f9 tout faisait sens \u00e0 partir de lui. Une logique assez basique organisait le champ de nos repr\u00e9sentations et de nos actions : il y avait ce que nous tenions pour vrai et ce que nous tenions pour faux, le juste et l\u2019injuste, le beau et le laid, le bien et le mal. Ce syst\u00e8me de dualit\u00e9s reposait sur un couple plus subjectif, encore parce qu\u2019enfoui dans la v\u00e9rit\u00e9 profonde du corps : le plaisir et la souffrance. Mais c\u2019est le moi, qui en \u00e9tait \u00e0 la fois la source et le destinataire, le fondement et la cl\u00f4ture.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr nous nous informions, nous nous forgions une opinion instantan\u00e9e en puisant dans le flux m\u00e9diatique. Nous acceptions la diff\u00e9rence des go\u00fbts, les zones grises des conduites ambigu\u00ebs, les situations affectives ind\u00e9cidables, un soup\u00e7on de scepticisme accompagnait nos croyances, mais ce n\u2019\u00e9taient l\u00e0 que des concessions marginales, une sorte d\u2019hommage tacite et paresseux \u00e0 notre imperfection. Derri\u00e8re ces apparences, le moi restait le ma\u00eetre, croyions-nous.  Il pouvait encore faire la part entre le r\u00e9el et le virtuel.<\/p>\n<p>C\u2019est cet \u00e9chafaudage \u00e0 la fois id\u00e9ologique et pratique, culturel et intime que l\u2019attaque virale a renvers\u00e9. Notre GPS psychique, mix de logique primaire, de psychologie et d\u2019exp\u00e9rience personnelle est tomb\u00e9 en panne. Nous d\u00e9couvrons la difficult\u00e9 de penser, d\u2019\u00e9laborer une opinion, de nous faire une repr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<p>Nous avons oubli\u00e9 deux ou trois choses que nous avions appris sur la v\u00e9rit\u00e9. Qu\u2019elle se construit au fil d\u2019un lent et complexe processus collectif. Que la plupart du temps elle r\u00e9fute les certitudes sensibles imm\u00e9diates. Qu\u2019elle n\u2019a rien \u00e0 voir avec la subjectivit\u00e9. Qu\u2019elle peut \u00e9chapper \u00e0 la logique binaire. A l\u2019\u00e2ge des algorithmes, du clonage et de l\u2019intelligence artificielle nous sommes rest\u00e9s des m\u00e9taphysiciens. Nous croyions encore \u00e0 une V\u00e9rit\u00e9 absolue, unique et comme \u00e9ternelle : la n\u00f4tre, celle qui serait \u00e9labor\u00e9e par un individu.<\/p>\n<p>Or la v\u00e9rit\u00e9 est relative, elle varie selon les objets qu\u2019on \u00e9tudie, les principes qu\u2019on se donne, les perspectives et les observateurs, ce qui ne veut pas dire qu\u2019elle est subjective. Elle est plurielle (la v\u00e9rit\u00e9 du math\u00e9maticien, n\u2019est pas celle du m\u00e9decin ou de l\u2019\u00e9conomiste) et dans chaque domaine encore elle s\u2019exprime au pluriel. Et elle est \u00e9volutive, scand\u00e9e par des r\u00e9futations, des erreurs f\u00e9condes, des inventions saillantes, des paliers provisoires.<\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9preuve du r\u00e9el viral, nous avons perdu nos certitudes, nous ne croyons plus les m\u00e9dias, nous nous m\u00e9fions des politiques, notre confiance dans les sciences est \u00e9branl\u00e9e. Les icones et les idoles de notre monde individualiste sont en morceaux. C\u2019est leur destruction qui nous affole et nous inqui\u00e8te plus encore que les inconnues du virus et les r\u00e9alit\u00e9s cruelles qui s\u2019annoncent avec le d\u00e9confinement. Nous restons nus avec notre besoin de croyance et de v\u00e9rit\u00e9. Est-elle un mal ou un rem\u00e8de ? Une chance ou un danger ?<\/p>\n<p><strong>Agrippa d\u2019Aubign\u00e9<\/strong> : \u00ab<em> Quand la v\u00e9rit\u00e9 met le poignard sous la gorge, il faut baiser sa main blanche.<\/em> \u00bb<br \/>\n<strong>Baudrillard<\/strong> : \u00ab <em>Le r\u00e9el n\u2019existe plus<\/em> \u00bb<br \/>\n<strong>Hannah Arendt<\/strong> : \u00ab <em>Quand tout le monde vous ment en permanence, le r\u00e9sultat n\u2019est pas que vous croyez ces mensonges, mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est priv\u00e9 de sa capacit\u00e9 d\u2019agir mais aussi de sa capacit\u00e9 de penser et de juger. Et avec un tel peuple vous pouvez faire ce qu\u2019il vous pla\u00eet. \u00bb<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Virus et v\u00e9rit\u00e9 Dissimulation, mensonge, scepticisme, paradoxes, discours contradictoires, dilemmes, revirements, simulations fausses nouvelles\u2026rarement notre besoin de v\u00e9rit\u00e9 aura \u00e9t\u00e9 aussi malmen\u00e9 que depuis l\u2019irruption du Covid-19 dans notre champ de vie et de pens\u00e9e. Nous sortons du confinement lav\u00e9 de toute certitude et le cerveau d\u00e9traqu\u00e9. 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