{"id":1010,"date":"2020-05-03T07:13:48","date_gmt":"2020-05-03T07:13:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=1010"},"modified":"2020-05-03T07:14:00","modified_gmt":"2020-05-03T07:14:00","slug":"chonique-dun-deconfinement-jour-48dimanche-3-mai","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?p=1010","title":{"rendered":"CHONIQUE D&rsquo;UN DECONFINEMENT (Jour 48\/dimanche 3 mai)"},"content":{"rendered":"<p><strong>L\u2019\u00e9garement comme un voyage<\/strong><\/p>\n<p>Marcher tout droit ? Se fier \u00e0 la raison et \u00e0 la communaut\u00e9 des hommes ? S\u2019abandonner \u00e0 l\u2019errance sans objectif ni itin\u00e9raire ? Dans les chroniques pr\u00e9c\u00e9dentes Descartes, Kant et Montaigne nous ont propos\u00e9 trois voies possibles pour sortir de l\u2019\u00e9garement. Mais je continue \u00e0 m\u2019interroger : sont-elles pertinentes dans le d\u00e9sordre sem\u00e9 par l\u2019apparition du virus dans notre mode de pens\u00e9e et de jugement ? Pourrions-nous les actualiser ? Je suis plong\u00e9 dans une nuit absolue. <\/p>\n<p>Le choix syst\u00e9matique de la ligne droite peut-\u00eatre contreproductif. Dans bien des cas, il t\u00e9moigne d\u2019une inadaptation pu\u00e9rile au r\u00e9el, d\u2019une psychorigidit\u00e9 fatale notamment quand la route tourne. Ne se fier qu\u2019\u00e0 sa raison, conduit souvent \u00e0 se perdre en soi. Quant \u00e0 se reposer sur une communaut\u00e9, cela aboutit \u00e0 renoncer \u00e0 sa libert\u00e9 de pens\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 son esprit critique et finalement \u00e0 sa pens\u00e9 elle-m\u00eame. Tourner comme une toupie n\u2019apporte pas plus de clart\u00e9 sur le monde. Tout se trouble dans le vertige.<\/p>\n<p>Les trois pistes ouvertes sont insatisfaisantes. D\u2019abord parce que le monde est devenu plus complexe. Ensuite parce que l\u2019homme n\u2019est pas un sujet connaissant distinct du monde. Il y existe, il lui appartient, il s\u2019y enfonce. Enfin parce qu\u2019aujourd\u2019hui, nous ne sommes pas des penseurs solitaires, il nous est impossible de nous orienter sans information. Or le flux m\u00e9diatique est tel qu\u2019il nous submerge et nous abrutit. <\/p>\n<p>Nous voici vou\u00e9s, comme Val\u00e9ry le constatait d\u00e9j\u00e0, \u00e0 avancer \u00e0 reculons. Mais pas dans l\u2019avenir, dans le pr\u00e9sent imm\u00e9diat. Quelques lueurs \u00e9clairent le chemin parcouru mais la menace reste dans notre dos, il nous est impossible de nous retourner et nous n\u2019avons pas de r\u00e9troviseur.<br \/>\nPourtant dans cette p\u00e9riode trouble, nous revenons \u00e0 quelques \u00e9vidences que nous avions oubli\u00e9es. Notre ignorance et la fragilit\u00e9 de nos suppos\u00e9s rep\u00e8res eu \u00e9gard \u00e0 ce qui est d\u00e9cisif dans notre vie. Nos certitudes n\u2019\u00e9taient que des superstitions. Mais c\u2019est dans ce non-savoir subitement ouvert que nous d\u00e9couvrons notre disposition \u00e0 penser. A questionner et \u00e0 nous questionner, port\u00e9s aux confins de notre vie ordinaire. Nous sommes soumis au bricolage int\u00e9rieur, \u00e0 l\u2019improvisation, mais n\u2019est-ce pas le signe que nous cherchons et que nous pouvons inventer ?  <\/p>\n<p>La situation-limite que nous vivons, n\u2019est pas sans enseignement. Elle nous conduit au bord de notre condition de mortels, aux fronti\u00e8res de notre science. Mais des signes dansent encore au-dessus de l\u2019ab\u00eeme. Ils dessinent notre volont\u00e9 de savoir. Ils \u00e9crivent notre \u00e9nigme. Et sans \u00e9nigme, nous ne chercherions pas. Sans inconnaissable, nous ne pourrions pas penser.<br \/>\n\tEt puis, revenus modestement vers nous-m\u00eames, non pas vers une v\u00e9rit\u00e9 cach\u00e9e dans les spirales de notre nombril, mais vers ce vide informulable qui fait notre centre mobile, nous retrouvons aussi notre r\u00e9alit\u00e9 d\u2019\u00eatre social, ins\u00e9r\u00e9 dans un r\u00e9seau d\u2019amiti\u00e9, de coop\u00e9ration et d\u2019entraide. Nous avons besoin des autres de leur \u00e9coute, de leur sentiment, de leur jugement pour assumer notre \u00e9garement. <\/p>\n<p>Montaigne, Descartes, Kant nous au moins donn\u00e9 confiance dans notre potentiel et rappel\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de ne pas succomber \u00e0 nos chim\u00e8res ou \u00e0 nos inqui\u00e9tudes. A partir d\u2019eux, nous avons un mix personnel \u00e0 \u00e9laborer, avec lucidit\u00e9 et humilit\u00e9, patience et t\u00e9nacit\u00e9. Et nous avons \u00e0 le partager, \u00e0 le contester avec les autres. Il n\u2019y a pas de th\u00e9orie ni de doctrine de l\u2019\u00e9garement. C\u2019est un appel \u00e0 l\u2019exploration infinie de notre condition. L\u2019\u00e9garement, c\u2019est le voyage. <\/p>\n<p><strong>L\u00e9vi-Strauss<\/strong> : <em>\u00ab Dans les affaires humaines, la ligne droite n\u2019est jamais le plus court chemin. \u00bb <\/em><br \/>\n<strong>Jaspers <\/strong>: \u00ab <em>L\u2019effondrement des certitudes solides, mais trompeuses, nous permet de planer. Ce qui paraissait un ab\u00eeme devient l\u2019espace m\u00eame de la libert\u00e9. <\/em>\u00bb<br \/>\n<strong>Martinius von Biberach<\/strong> :<br \/>\n<em>\u00ab Je viens je ne sais d\u2019o\u00f9,<br \/>\nJe suis je ne sais qui<br \/>\nJe meurs je ne sais quand<br \/>\nJe vais je ne sais o\u00f9<br \/>\nJe m\u2019\u00e9tonne d\u2019\u00eatre aussi joyeux. \u00bb<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019\u00e9garement comme un voyage Marcher tout droit ? 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