{"id":22,"date":"2014-11-14T21:13:32","date_gmt":"2014-11-14T21:13:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?page_id=22"},"modified":"2022-03-19T08:48:39","modified_gmt":"2022-03-19T08:48:39","slug":"conferences","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.jeanlouiscianni.com\/?page_id=22","title":{"rendered":"Conf\u00e9rences"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>FREUD ET ROME (10\/2\/2022)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/strong>Apr\u00e8s le voyage en Italie comme initiation avec Ulysse et l\u2019Odyss\u00e9e, celui con\u00e7u comme un art de la curiosit\u00e9 avec Montaigne, voici le voyage de Freud. Certains dirons, Freud, n\u2019est pas un philosophe, c\u2019est un neurologue. Mais apr\u00e8s tout, Hom\u00e8re non plus. Freud, explorateur de l\u2019Inconscient, fondateur de la psychanalyse, est \u00e9galement un des penseurs les plus importants du si\u00e8cle dernier. Son approche va bien au-del\u00e0 de la sph\u00e8re clinique. Il a modifi\u00e9 en profondeur la r\u00e9flexion philosophique. Dernier argument&nbsp;: comme nous, Freud est amoureux de l\u2019Italie. On lui devait donc ce petit \u00e9cart.<\/p>\n\n\n\n<p>Car le\/les voyages de Freud en Italie forment une \u00e9tonnante synth\u00e8se de passion et de cr\u00e9ation. Autour de la quarantaine, en effet, l\u2019inventeur de la psychanalyse, \u00e9prouve un v\u00e9ritable coup de foudre pour l\u2019Italie. Une formule magnifique r\u00e9sume cet amour qui va durer jusqu\u2019 au milieu de ann\u00e9es vingt&nbsp;: <em>\u00ab Notre c\u0153ur tend vers le sud.&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Freud est n\u00e9 en 1856 \u00e0 Freiberg, une ville aujourd\u2019hui situ\u00e9e en R\u00e9publique tch\u00e8que qu\u2019il a quitt\u00e9 dans sa petite enfance pour s\u2019\u00e9tablir \u00e0 Vienne ou il reste jusqu\u2019en 1938, date de l\u2019Anschluss. Il s\u2019exile \u00e0 Londres o\u00f9 il meurt un an plus tard. D\u2019abord m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste, il se sp\u00e9cialise peu \u00e0 peu en neurologie avant d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019origine d\u2019une clinique et d\u2019une discipline nouvelles&nbsp;: la psychanalyse.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Entre 1880 et 1923, Freud se rend une vingtaine de fois en Italie. \u00c0 Trieste, Orvieto, Venise, Florence, Naples, et, bien entendu, \u00e0 Rome qui occupe la place majeure dans cette s\u00e9rie. Roma, Amor\u2026l\u2019anagramme est tentante. Mais on verra que dans le cas (de) Freud elle n\u2019est pas d\u00e9pourvue de sens. Rome est la ville du d\u00e9sir freudien. Cette passion pour l\u2019Italie appara\u00eet d\u2019autant plus surprenante que Freud avoue une phobie des trains\u2026Mais rien n\u2019est jamais simple avec Freud, tout est ambivalent, \u00e0 commencer par le d\u00e9sir lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019attraction italienne est manifeste et exprim\u00e9e clairement. \u00ab&nbsp;<em>Venise vous enivre&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Ce qu\u2019il me faut, c\u2019est l\u2019Italie&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;la magie fascinante des merveilles de Florence&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Rome, ville incomparable\u2026C\u2019est bien Rome qu\u2019il me fallait. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 du lieu o\u00f9 je passerai ma jeunesse.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Dommage qu\u2019on ne puisse s\u2019\u00e9tablir ici \u00e0 demeure\u2026&nbsp;\u00bb &nbsp;\u00ab&nbsp;L\u2019Italie est la terre de mes r\u00eaves&nbsp;\u00bb&nbsp;: <\/em>comme extraites d\u2019un chapelet amoureux, d\u2019une guirlande ardente, ces quelques phrases tir\u00e9es de la correspondance de Freud, illustrent la force d\u2019un attachement qui ne se d\u00e9mentira jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En d\u00e9pit \u2013 ou peut-\u00eatre \u00e0 cause\u2026- de sa peur du train, Freud aime les voyages. Il affirmait \u00ab&nbsp;<em>qu\u2019il aimerait gagner suffisamment d\u2019argent pour s\u2019y adonner.&nbsp;\u00bb <\/em>Avant l\u2019Italie, il a visit\u00e9 la Grande-Bretagne et la France. Mais ces destinations n\u2019ont pas suscit\u00e9 son enthousiasme. Avec l\u2019Italie, un v\u00e9ritable coup de foudre se produit.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; De quelle teneur&nbsp;? Freud d\u00e9couvre et appr\u00e9cie des paysages qu\u2019il n\u2019a pas l\u2019habitude de voir dans une Autriche tapiss\u00e9e de bois et de prairies. Il s\u2019enchante des balcons fleuris, de la v\u00e9g\u00e9tation m\u00e9diterran\u00e9enne, des splendeurs marines de la c\u00f4te amalfitaine, des monuments, des mus\u00e9es. Freud appr\u00e9cie l\u2019art de vivre des Italiens, leur gastronomie et s\u2019initie \u00e0 la d\u00e9gustation des bons vins.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u2019Italie lui donne \u00e9galement acc\u00e8s \u00e0 une troisi\u00e8me culture, diff\u00e9rente de sa culture juive personnelle ou de la culture nordique qu\u2019il a assimil\u00e9e. Elle lui ouvre les portes, non seulement de la culture latine, mais aussi de l\u2019art. Au fil des voyages, son cabinet se remplit de statuettes et de sculptures\u2026Signorelli, le Mo\u00efse de Michel Ange, Sainte-Anne et la vierge de L\u00e9onard de Vinci&nbsp;: les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019art italien se multiplient.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s le milieu des ann\u00e9e 90, le voyage s\u2019inscrit dans la r\u00e9p\u00e9tition, il se ritualise. Fin ao\u00fbt, d\u00e9but septembre, Freud laisse son \u00e9pouse Martha et leurs six filles et file vers le sud. Martha n\u2019aime pas les voyages, mais, comme si elle pressentait qu\u2019elle est exclue des escapades en Italie, sans difficult\u00e9 apparente, elle abandonne Freud \u00e0 son plaisir personnel. Freud compense en lui adressant des centaines de cartes postales et de petits mots\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Pour autant Freud ne part pas seul. Sa belle-s\u0153ur Minna, une vestale qui a consacr\u00e9 toute sa vie au grand homme, l\u2019accompagne. Bien entendu, biographes et historiens n\u2019ont pas manqu\u00e9 de s\u2019interroger sur l\u2019\u00e9tranget\u00e9 de ce duo voyageur et sur sa v\u00e9ritable nature\u2026Mais Freud emm\u00e8ne \u00e9galement avec lui son disciple Ferenczi. Et il effectue son dernier voyage avec sa fille Anna. La morale familiale est peut-\u00eatre sauve.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud pr\u00e9pare minutieusement, obsessionnellement, ses voyages. En 1898, il avoue ne pouvoir s\u2019adonner qu\u2019\u00e0 une seule activit\u00e9&nbsp;: \u00e9tudier inlassablement la topographie de Rome sur une carte. L\u2019Italie lui apporte un d\u00e9paysement touristique et culturel. Mais de fa\u00e7on plus intime, le place dans des conditions propices \u00e0 la cr\u00e9ation. \u00ab&nbsp;<em>Je suis atteint de torpeur intellectuelle. Je ne parviens pas \u00e0 calmer l\u2019agitation de mes pens\u00e9es et de mes sentiments. Pour ce faire, ce qu\u2019il me faut, c\u2019est l\u2019Italie.&nbsp;\u00bb,<\/em> peut-on lire dans une lettre \u00e0 son ami Fliess de 1898. Le voyage en Italie am\u00e9liore ce qu\u2019il appelle \u00ab&nbsp;<em>la m\u00e9canique&nbsp;\u00bb<\/em> de sa r\u00e9flexion et de sa cr\u00e9ativit\u00e9. Freud laisse derri\u00e8re lui son stress et ses angoisses. L\u2019Italie le stimule et le r\u00e9g\u00e9n\u00e8re. Mieux encore, Freud le pessimiste, Freud le d\u00e9sabus\u00e9, trouve en Italie des parenth\u00e8ses de plaisirs, d\u2019enthousiasme et peut-\u00eatre de bonheur. Le voyage en Italie a donc une fonction th\u00e9rapeutique. C\u2019est une v\u00e9ritable cure psychanalytique.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut donc consid\u00e9rer, comme le psychanalyste G\u00e9rard Hadad qui a consacr\u00e9 un ouvrage \u00e0 ce sujet, que c\u2019est un v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;psychotourisme&nbsp;\u00bb auquel se livre Freud. (Freud en Italie&nbsp;: Psychanalyse du voyage (Albin Michel).<\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;<\/em>Le pays, le d\u00e9ploiement de l\u2019\u0153uvre, la subjectivit\u00e9 de Freud et son auto-analyse, s\u2019entretissent dans un r\u00e9seau touffu de correspondances et de connivences. Avec pour fil conducteur le d\u00e9sir, ce d\u00e9sir, son d\u00e9sir que Freud n\u2019a cess\u00e9 d\u2019explorer dans ses recoins les plus obscurs et de questionner dans sa son \u00e9trange logique.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Sans chercher \u00e0 nouer des liens directs entre les s\u00e9jours et l\u2019\u0153uvre, on va distinguer trois \u00e9tapes essentielles qu\u2019on ne pourra ici que r\u00e9sumer.<\/p>\n\n\n\n<ul><li>Les premiers voyages et la d\u00e9couverte de l\u2019inconscient<\/li><li>Rome et l\u2019exploration de l\u2019inconscient<\/li><li>Rome et l\u2019extension de la psychanalyse<\/li><\/ul>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td>PERIODES<\/td><td>ETAPES<\/td><td>THEORIES<\/td><\/tr><tr><td>1876-1897<\/td><td>Trieste, Venise, Milan, Orvieto<\/td><td>Inconscient (r\u00eaves, oublis, association libre) &nbsp;<\/td><\/tr><tr><td>1897-1902<\/td><td>Rome<\/td><td>Auto-analyse, Complexe d\u2019\u0152dipe<\/td><\/tr><tr><td>1902-1923<\/td><td>Rome<\/td><td>Application de la psychanalyse \u00e0 l\u2019art, la culture et la religion.<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>1\/ Les premiers voyages et la d\u00e9couverte de l\u2019Inconscient<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On peut avancer que Freud d\u00e9couvre l\u2019Inconscient en m\u00eame temps que l\u2019Italie. Mais qu\u2019est-ce que cette \u00e9nigmatique r\u00e9alit\u00e9 que Freud d\u00e9couvre et qu\u2019il appelle l\u2019inconscient&nbsp;? Comment d\u00e9couvre-t-il ce continent jusqu\u2019alors cach\u00e9 du psychisme&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019histoire de la psychanalyse commence au d\u00e9but des ann\u00e9es 1880 quand le docteur Breuer fait part \u00e0 Freud du traitement qu\u2019il, applique \u00e0 une patiente hyst\u00e9rique, \u00e2g\u00e9e de 21 ans, qu\u2019on a appel\u00e9 Anna O. Pla\u00e7ant sa patiente sous hypnose, il lui demande d\u2019exprimer verbalement des id\u00e9es en rapport avec ses sympt\u00f4mes. Il constate la disparition des sympt\u00f4mes apr\u00e8s la s\u00e9ance.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00c0 partir de ces observations, les deux hommes vont d\u00e9velopper ce qu\u2019ils appellent la m\u00e9thode cathartique (du grec <em>catharsis&nbsp;<\/em>: purification, purge de l\u2019\u00e2me). \u00ab&nbsp;<em>Le malade hyst\u00e9rique, <\/em>\u00e9crit Freud<em>, souffre d\u2019un accident d\u00e9sagr\u00e9able qu\u2019il a refoul\u00e9 totalement\u2026Hypnotisez le malade, rendez-le pleinement conscient du trauma refoul\u00e9, en lui faisant \u00e9prouver toutes les \u00e9motions qu\u2019il a ressenties pendant l\u2019accident, il sera gu\u00e9ri.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C\u2019est d\u00e9j\u00e0 une r\u00e9volution. Les sympt\u00f4mes des n\u00e9vros\u00e9s ne sont pas des manifestations ponctuelles aberrantes, mais des syst\u00e8mes de signification dont les causes ont \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9es, refoul\u00e9es et les manifestations d\u00e9plac\u00e9es de leur contexte initial. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Apr\u00e8s la rupture de sa collaboration avec Breuer, Freud va d\u00e9velopper une technique d\u00e9barrass\u00e9e de l\u2019hypnose, la technique d\u2019une expression verbale appel\u00e9e la m\u00e9thode des associations libres. L\u2019important c\u2019est que le patient fasse part de tout ce qui lui vient \u00e0 l\u2019esprit, aussi incoh\u00e9rent, impudique, trivial, cela soit-il, qu\u2019il raconte ce qu\u2019il \u00e9prouve. C\u2019est l\u00e0 \u00ab&nbsp;<em>la r\u00e8gle psychanalytique fondamentale.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans cet exercice des associations libres, Freud d\u00e9couvre la pr\u00e9sence de r\u00e9sistances. Des forces psychiques tr\u00e8s puissantes s\u2019opposent \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de certains contenus (des id\u00e9es, des impressions, des d\u00e9sirs). Elles les repoussent hors de la m\u00e9moire consciente produisant des effets d\u2019oubli et d\u2019occultation. \u00ab&nbsp;<em>Ce sont les caract\u00e9ristiques du donn\u00e9 refoul\u00e9 qui sont \u00e0 l\u2019origine de l\u2019oubli, de son exclusion de la conscience.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour quelles raisons&nbsp;? L\u2019hypoth\u00e8se que formule Freud, c\u2019est que tout ce qui a \u00e9t\u00e9 refoul\u00e9 \u00e9tait douloureux. Freud relie les sympt\u00f4mes n\u00e9vrotiques \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements de l\u2019enfance ainsi qu\u2019\u00e0 des \u00ab&nbsp;<em>impressions de caract\u00e8re sexuel.<\/em>&nbsp;\u00bb Il s\u2019int\u00e9resse \u00e9galement aux relations affectives qui se nouent avec le patient et qui vont s\u2019appeler transfert et contre-transfert.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C\u2019est une conception r\u00e9volutionnaire. Avant Freud, des philosophes avaient pressenti l\u2019existence d\u2019un monde psychique inconscient r\u00e9gi par d\u2019autres r\u00e8gles que celles de la raison. Nietzsche l\u2019appelait le corps&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>le corps est la grande raison.&nbsp;\u00bb <\/em>Avant lui, Schopenhauer avait d\u00e9cel\u00e9, une volont\u00e9, qui \u00e9tait comme une&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>face interne<\/em>&nbsp;\u00bb de la repr\u00e9sentation. Spinoza avait insist\u00e9 sur la d\u00e9termination de nos actes que nous croyons les plus libres. Et m\u00eame Descartes avait \u00e9mis l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un Malin g\u00e9nie venant s\u2019opposer \u00e0 la recherche de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Freud va aller au-del\u00e0 des hypoth\u00e8ses et des intuitions, il va se livrer \u00e0 une exploration syst\u00e9matique de ce continent psychique \u00e0 travers sa pratique m\u00e9dicale. Les \u00e9tudes sur l\u2019hyst\u00e9rie lui permettent de mettre en lumi\u00e8re la fa\u00e7on dont cet inconscient se manifeste. Le d\u00e9sir refoul\u00e9 sous le rideau de l\u2019inconscience et de l\u2019oubli ne dispara\u00eet pas totalement. Il est toujours pr\u00eat \u00e0 se r\u00e9activer. Cette r\u00e9activation s\u2019effectue de fa\u00e7on camoufl\u00e9e, d\u00e9form\u00e9e, \u00e0 travers le sympt\u00f4me, l\u2019expression d\u2019un \u00e9tat morbide.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La vie psychique ne se confond plus avec le champ de la conscience claire et distincte. Pour peu qu\u2019on y porte attention, un monde inconscient anime cette vie psychique. Il est possible d\u2019y acc\u00e9der, de lui trouver un sens. Et d\u2019\u00e9clairer les conduites humaines, pathologiques ou pas, \u00e0 sa lumi\u00e8re retrouv\u00e9e. De trouver une origine et une signification aux sympt\u00f4mes des affections psychiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Les voyages en Italie sont propices \u00e0 la travers\u00e9e de cette p\u00e9riode pr\u00e9analytique. Au retour de l\u2019un d\u2019entre eux, Freud, par exemple, abandonne ses premi\u00e8res hypoth\u00e8ses sur les origines de l\u2019hyst\u00e9rie pour s\u2019ouvrir plus franchement \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation psychanalytique.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1898, seule ann\u00e9e o\u00f9 il ne part pas en Italie, il r\u00e9dige une de ses \u0153uvres majeures&nbsp;: <em>L\u2019interpr\u00e9tation des r\u00eaves<\/em>. Le r\u00eave, explique-t-il est&nbsp;<em>\u00ab la voie royale pour arriver \u00e0 la connaissance de l\u2019inconscient&nbsp;\u00bb<\/em>. Comme le sympt\u00f4me, il v\u00e9hicule en le travestissant un contenu de d\u00e9sir. Le r\u00eave est une r\u00e9alisation d\u00e9guis\u00e9e de d\u00e9sir inconscients. Le r\u00eave, mais aussi les oublis, les actes manqu\u00e9s, les lapsus sont autant de petites failles dans la muraille de la vie consciente par o\u00f9 passent les contenus inconscients refoul\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>La psychanalyse va se donner comme objectif d\u2019acc\u00e9der \u00e0 ses contenus qui apparaissent comme des hi\u00e9roglyphes incompr\u00e9hensibles, des r\u00e9bus obscurs, des \u00e9nigmes. De les interpr\u00e9ter, de leur donner un sens. De traduire cette langue souterraine. Car, et c\u2019est ce qui fait son originalit\u00e9, la psychanalyse est une philosophie du langage, de l\u2019expression, du sujet parlant. L\u2019inconscient est accessible par les voies du langage.&nbsp; Lacan radicalisera ce parti pris dans une formule c\u00e9l\u00e8bre&nbsp;: \u00ab<em>&nbsp;l\u2019inconscient est structur\u00e9 comme un langage<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Italie contribue \u00e0 sa mani\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de cette th\u00e9orie naissante. D\u00e8s 1876, Freud d\u00e9couvre dans le discours d\u2019une patiente un parall\u00e9lisme \u00e9tonnant qui ne pas cesser de courir dans son \u0153uvre et dans ses voyages. Celle-ci \u00e9voque un voyage vers l\u2019Italie (<em>gen italien,<\/em> en allemand) que Freud rapproche immanquablement de <em>genitalien <\/em>(organes g\u00e9nitaux). C\u2019est l\u00e0 un exemple un peu lourd, caricatural sans doute, mais qui rend explicite le travail d\u2019\u00e9coute et d\u2019analyse du langage en jeu dans la psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre exemple&nbsp;: le voyage \u00e0 Orvieto en 1895 qui permet \u00e0 Freud de d\u00e9couvrir dans la cath\u00e9drale la fresque du jugement dernier de Luca Signorelli. En 1898 Freud publie un article qui sera repris dans <em>Psychopathologie de la vie quotidienne <\/em>sur le m\u00e9canisme de l\u2019oubli. Il analyse l\u2019oubli personnel qu\u2019il a fait du mot Signorelli. Au cours d\u2019une conversation avec un malade, Freud est incapable de se souvenir du nom de Signorelli et lui substitue celui de Botticelli. L\u2019analyse qu\u2019il fait de cet oubli et de cette d\u00e9formation, de ce lapsus, lui permet de le mettre en relation avec un sentiment d\u00e9sagr\u00e9able qu\u2019il voulait oublier. La psychanalyse appara\u00eet comme technique de traduction des sympt\u00f4mes en premi\u00e8re apparence \u00ab&nbsp;anormaux&nbsp;\u00bb ou incompr\u00e9hensibles.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2\/ Rome et l\u2019exploration de l\u2019inconscient<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de 1897, Freud s\u2019engage dans une d\u00e9marche originale dite d\u2019autoanalyse qui va lui permettre de d\u00e9gager les concepts fondamentaux de la psychanalyse et notamment la structure \u0153dipienne du d\u00e9sir. La ville de Rome est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 cette gen\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques mois apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de son p\u00e8re, Freud traverse une p\u00e9riode difficile. La mort de son p\u00e8re qu\u2019il tient en haute estime l\u2019affecte profond\u00e9ment et le laisse \u00ab&nbsp;<em>compl\u00e8tement d\u00e9sempar\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;<em>Tout le pass\u00e9 se r\u00e9veilla et resurgit&nbsp;\u00bb. <\/em>Il va chercher \u00e0 comprendre l\u2019origine de son mal-\u00eatre, de cette d\u00e9pression diffuse, en explorant lui-m\u00eame les recoins de sa m\u00e9moire et les silences troublants de ses affects.<\/p>\n\n\n\n<p>Une longue introspection commence, avec des phases de r\u00e9sistance et de sid\u00e9ration. \u00ab&nbsp;<em>Certains jours, j\u2019erre, accabl\u00e9 parce que je ne connais rien aux r\u00eaves aux fantasmes, aux \u00e9tats d\u2019\u00e2me de la journ\u00e9e.&nbsp;D\u2019autres, je vois comment les faits pass\u00e9s ont pr\u00e9par\u00e9 la vision du pr\u00e9sent<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cette investigation de soi par soi le conduit \u00e0 ce constat d\u00e9cisif pour la th\u00e9orie psychanalytique&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>En moi aussi se v\u00e9rifie l\u2019amour pour la m\u00e8re et la jalousie envers le p\u00e8re, au point que je les consid\u00e8re comme un ph\u00e9nom\u00e8ne g\u00e9n\u00e9ral de la petite enfance\u2026S\u2019il en est ainsi on comprend l\u2019effet saisissant d\u2019\u0152dipe-Roi.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les traces de cette longue auto-analyse se retrouvent dans la relation \u00e0 l\u2019Italie et plus encore avec Rome qu\u2019il aborde seulement apr\u00e8s 25 ans de voyage en Italie\u2026Tout se passe comme si la relation \u00e0 la ville exprimait une relation \u00e0 l\u2019aventure psychanalytique.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud a longtemps a retard\u00e9 sa visite de la ville \u00e9ternelle, de la Roma\/amor\u2026En 1898, il confie se livrer \u00e0 une activit\u00e9 compulsionnelle et exclusive&nbsp;: l\u2019\u00e9tude la topographie de Rome, sans oser pouvoir s\u2019y rendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il redoute les voyages en train. Mais il ne cesse de repousser les limites de sa phobie. Il cherche \u00e0 traverser le rideau de son inhibition. Il a lui-m\u00eame interpr\u00e9t\u00e9 les r\u00eaves de gare. Les gares sont des lieux de liaisons et de commerce. Dans les r\u00eaves elles sont identifi\u00e9es \u00e0 des appareils g\u00e9nitaux\u2026C\u2019est au cours d\u2019un voyage en train que Freud prend clairement conscience de son attirance infantile pour sa m\u00e8re. Et il l\u2019exprime dans la langue latine, parlant d\u2019une attirance <em>ad matrem.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le voyage vers Rome, la ville o\u00f9 Freud n\u2019osait pas aller, la cit\u00e9 interdite, est un voyage m\u00e9taphorique vers la m\u00e8re et c\u2019est en m\u00eame temps un voyage vers la matrice de la psychanalyse. Voyage aussi \u00e0 travers lequel s\u2019exprime la relation au p\u00e8re, dans une ambivalence faite d\u2019admiration et d\u2019agressivit\u00e9. Dans cette ambivalence Freud \u00e9lucide le trouble dans lequel l\u2019avait jet\u00e9 le d\u00e9c\u00e8s de son p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne s\u2019\u00e9tonnera plus de trouver dans Hannibal la figure historique \u00e0 laquelle Freud se r\u00e9f\u00e8re pour relater sa relation ambivalente \u00e0 Rome. &nbsp;Les r\u00eaves de Rome sont trait\u00e9s dans l\u2019Interpr\u00e9tation de r\u00eaves, ouvrage \u00e9crit une ann\u00e9e sans voyage \u00e0 Rome. Freud les identifie comme des r\u00eaves d\u2019ambition, de restauration du p\u00e8re. Mais Hannibal, h\u00e9ros favori de Freud dans l\u2019adolescence, est aussi le prince carthaginois qui s\u2019est arr\u00eat\u00e9 aux portes de Rome, qui n\u2019a pas os\u00e9 la conqu\u00e9rir et qui a \u00e9t\u00e9 vaincu.<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours est-il que le voyage \u00e0 Rome produit des effets salutaires. Il correspond avec le d\u00e9nouement de l\u2019auto-analyse. Freud a lev\u00e9 l\u2019\u00e9nigme des affects n\u00e9vrotiques survenus apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de son p\u00e8re. Leur explication se trouve dans les d\u00e9sirs incestueux de l\u2019enfance et la rivalit\u00e9 collat\u00e9rale au p\u00e8re. Le voyage \u00e0 Rome signifie pour Freud le point final du complexe d\u2019\u0152dipe.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de 1901, ann\u00e9e de bascule, Freud retournera de nombreuses fois \u00e0 Rome avec le m\u00eame enthousiasme. En 1902, il pousse son voyage jusqu\u2019\u00e0 Naples et Pomp\u00e9i. La ville ensevelie va devenir un symbole pour repr\u00e9senter l\u2019Inconscient. L\u2019amour incestueux pour la m\u00e8re a vol\u00e9 en \u00e9clat sous la menace paternelle. Le d\u00e9sir s\u2019est refoul\u00e9 sous les cendres de la conscience. Mais le souvenir en demeure \u00e0 jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1936, dans une lettre \u00e0 l\u2019\u00e9crivain Romain Rolland, Freud \u00e9voquera une autre manifestation de l\u2019inconscient \u00e0 travers \u00ab&nbsp;un trouble de m\u00e9moire sur l\u2019Acropole.&nbsp;\u00bb Il revient sur un voyage fait en 1904 avec son fr\u00e8re. Les ruines d\u2019Ath\u00e8nes loin de d\u00e9clencher un sentiment d\u2019admiration ou d\u2019\u00e9tonnement font affleurer un sentiment de culpabilit\u00e9 qui le saisit. Freud l\u2019analyse en le mettant en relation avec sa r\u00e9ussite professionnelle eu \u00e9gard \u00e0 la carri\u00e8re modeste de son p\u00e8re. \u00ab&nbsp;<em>Tout se passe comme si le principal, dans le succ\u00e8s, \u00e9tait d\u2019aller plus loin que le p\u00e8re, et comme s\u2019il \u00e9tait toujours interdit que le p\u00e8re f\u00fbt surpass\u00e9<\/em><em>.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Des ruines de Pomp\u00e9i \u00e0 celle d\u2019Ath\u00e8nes, la psychanalyse se d\u00e9voile et se construit comme une technique de d\u00e9placement, de voyage, mais aussi de remont\u00e9e dans le temps, un chantier de fouille de la m\u00e9moire, une arch\u00e9ologie du psychisme. En 1937, Freud \u00e9crit encore. <em>\u00ab <\/em><em>De m\u00eame que l\u2019arch\u00e9ologue, d\u2019apr\u00e8s des pans de murs rest\u00e9s debout, reconstruit les parois de l\u2019\u00e9difice, d\u2019apr\u00e8s les cavit\u00e9s du sol, d\u00e9termine le nombre et la place des colonnes et, d\u2019apr\u00e8s des vestiges retrouv\u00e9s dans des d\u00e9bris, reconstitue les d\u00e9corations et les peintures qui ont jadis orn\u00e9 les murs, de m\u00eame l\u2019analyste tire ses conclusions des bribes de souvenirs, des associations et des d\u00e9clarations actives de l\u2019analys\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dernier voyage \u00e0 Rome, en 1923, est sans doute le plus \u00e9mouvant. Freud, alors \u00e2ge de 67 ans, a tenu \u00e0 le faire alors qu\u2019il vient d\u2019\u00eatre op\u00e9r\u00e9 d\u2019un cancer de la m\u00e2choire. D\u00e8s le lendemain de son arriv\u00e9e, il survit \u00e0 une terrible h\u00e9morragie. Il est accompagn\u00e9 de sa fille Anna et joue le r\u00f4le du guide. Jones le biographe officiel relate&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;il prit un \u00e9norme plaisir aux r\u00e9actions enthousiastes de sa fille devant ce qu\u2019il lui montrait.&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp; Et Freud lui-m\u00eame \u00e9crit&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Anna a \u00e9t\u00e9 merveilleuse. Elle comprit tout, prit plaisir \u00e0 tout et j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s fier d\u2019elle.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019en faut pas plus pour comprendre que Freud revient \u00e0 Rome, non plus comme un \u00e9ternel petit enfant mais bien comme un p\u00e8re fondateur soucieux de transmettre son h\u00e9ritage intellectuel \u00e0 sa propre fille et non \u00e0 un quelconque de ses disciples ou concurrents.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3\/ L\u2019extension de la psychanalyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Parenth\u00e8se d\u00e9paysante favorable \u00e0 la cr\u00e9ation, champ m\u00e9taphorique de l\u2019autoanalyse, de l\u2019exploration de l\u2019inconscient et de la d\u00e9couverte de la psychanalyse, l\u2019Italie et Rome vont jouer \u00e9galement comme un espace d\u2019ouverture culturelle. Freud s\u2019y ouvre \u00e0 une dimension que ne lui avait pas apport\u00e9 sa double culture d\u2019origine, juive et nordique&nbsp;: l\u2019esth\u00e9tique et le monde de l\u2019art. Cette d\u00e9couverte personnelle va se m\u00e9taboliser. L\u2019interpr\u00e9tation psychanalytique va quitter le divan et l\u2019espace du transfert pour s\u2019\u00e9largir aux productions litt\u00e9raires et artistiques.<\/p>\n\n\n\n<p>On a vu d\u00e9j\u00e0 le r\u00f4le jou\u00e9 par le jugement dernier de Signorelli dans l\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019oubli. Mais quand la th\u00e9orie s\u2019est affermie, apr\u00e8s 1903, l\u2019extension va prendre une autre dimension, hissant la psychanalyse \u00e0 un niveau plus ambitieux, une m\u00e9thode de lecture, non seulement des n\u00e9vroses et de la vie quotidienne, mais aussi des grands ph\u00e9nom\u00e8nes humains que sont l\u2019art ou la religion.<\/p>\n\n\n\n<p>Trois exemples peuvent \u00eatre rappel\u00e9s ici car ils sont en \u00e9troite relation avec les voyages de Freud en Italie&nbsp;: la Gradiva de Jansen, le Mo\u00efse de Michel Ange et un tableau de L\u00e9onard de Vinci. Un livre, une sculpture, un tableau. Freud fait son miel psychanalytique de tout ce qu\u2019il d\u00e9couvre en Italie ou en lien avec l\u2019Italie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La Gradiva<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit d\u2019une nouvelle d\u2019un \u00e9crivain allemand, Wilhem Jensen, paru en 1903. La lecture que Freud en fait donne lieu \u00e0 un ouvrage \u00e9crit en 1906. \u00ab&nbsp;Le d\u00e9lire et les r\u00eaves dans la Gradiva de W Jensen&nbsp;\u00bb. Ce texte pr\u00e9sente le premier \u00ab&nbsp;cas litt\u00e9raire ou artistique&nbsp;\u00bb trait\u00e9 par Freud.<\/p>\n\n\n\n<p>La nouvelle raconte l\u2019histoire d\u2019un jeune arch\u00e9ologue, Norbert Harold, qui s\u2019est procur\u00e9 un moulage en pl\u00e2tre d\u2019un bas-relief qu\u2019il a admir\u00e9 dans un mus\u00e9e du Vatican. Il est fascin\u00e9 par l\u2019image de la femme repr\u00e9sent\u00e9e qu\u2019il surnomme Gradiva (en latin, <em>celle qui marche en avant<\/em>). Il obs\u00e9d\u00e9 par la marche et par le pied de la marcheuse. Une nuit il r\u00eave qu\u2019il se trouve \u00e0 Pomp\u00e9i lors de l\u2019\u00e9ruption du V\u00e9suve. Il aper\u00e7oit Gradiva mais il ne peut l\u2019avertir de la catastrophe qui s\u2019annonce.<\/p>\n\n\n\n<p>Profond\u00e9ment troubl\u00e9 par ce r\u00eave, Harold se rend alors \u00e0 Rome puis \u00e0 Pomp\u00e9i o\u00f9 il fait une rencontre inattendue d\u2019une jeune femme qui ressemble de fa\u00e7on frappante \u00e0 Gradiva. Il croit d\u2019abord \u00e0 un fant\u00f4me. Mais elle lui affirme qu\u2019elle s\u2019appelle Zo\u00e9 et ne parle qu\u2019allemand. Progressivement elle lui fait comprendre qu\u2019elle est son amie d\u2019enfance et qu\u2019il l\u2019a oubli\u00e9e, absorb\u00e9 par ses travaux scientifiques. Pour dissiper son d\u00e9lire, elle l\u2019appelle par son nom. \u00ab&nbsp;<em>Je vois bien que tu es fou, Norbert Harold<\/em>&nbsp;\u00bb. La nouvelle se conclut sur un happy end. Gr\u00e2ce \u00e0 Zo\u00e9, l\u2019arch\u00e9ologue sort de son d\u00e9lire et \u00e9pouse son amie d\u2019enfance.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00eave, refoulement, confusion imaginaire\/r\u00e9alit\u00e9, d\u00e9rivation de la libido vers l\u2019activit\u00e9 intellectuelle&nbsp;: la nouvelle de Jensen apporte un gisement de ph\u00e9nom\u00e8nes psychiques proches de ceux auxquels Freud s\u2019int\u00e9resse. La psychanalyse et la litt\u00e9rature puisent aux m\u00eames sources. Et comme la Gradiva la psychanalyse est en marche\u2026Et Freud n\u2019est-il pas une sorte d\u2019arch\u00e9ologue de l\u2019Inconscient&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Les psychanalystes n\u2019ont bien entendu pas manqu\u00e9 de revenir sur la lecture de Freud et sur son interpr\u00e9tation. Et sur l\u2019investissement que Freud lui-m\u00eame, dans un comportement mim\u00e9tique va placer dans cette nouvelle et dans l\u2019image id\u00e9ale de la femme qu\u2019elle met en action. En 1907, Freud se rend \u00e0 Rome pour voir le bas-relief. Il s\u2019en procure une copie qui restera suspendue au-dessus de son divan\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Femme fascinante, figure de pierre de la beaut\u00e9, \u00e0 la fois fictive et charnelle, la Gradiva repr\u00e9sente peut-\u00eatre cet obscur objet de d\u00e9sir que Freud n\u2019a cess\u00e9 de cerner et de saisir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un souvenir d\u2019enfance de L\u00e9onard de Vinci<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Deuxi\u00e8me exemple des investigations de Freud hors du champ des n\u00e9vroses&nbsp;: l\u2019interpr\u00e9tation du tableau de L\u00e9onard de Vinci, la Vierge, l\u2019enfant J\u00e9sus, Sainte-Anne. Le tableau se trouvait et se trouve encore au Louvre o\u00f9 Freud a pu le contempler lors d\u2019un de ses voyages \u00e0 Paris. Mais l\u2019\u00e9tude qu\u2019il publie en 1910 montre le lien solide entre le d\u00e9ploiement, l\u2019exportation de la psychanalyse et la passion freudienne pour l\u2019Italie.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette \u00e9tude, \u00e0 laquelle il apporte \u00e0 plusieurs reprises des corrections, ceci \u00e0 des ann\u00e9es diff\u00e9rentes, Freud met en application sa m\u00e9thode d\u2019investigation et les hypoth\u00e8ses qu\u2019il a formul\u00e9es concernant les n\u00e9vroses ou la vie psychique dans la vie quotidienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud commence par souligner l\u2019opposition chez L\u00e9onard de Vinci de deux inclinations&nbsp;: la recherche scientifique et la cr\u00e9ation artistique. Il la met en relation avec les situations qu\u2019il a identifi\u00e9es dans l\u2019investigation sexuelle infantile&nbsp;: l\u2019inhibition, l\u2019obsession et la sublimation.<\/p>\n\n\n\n<p>Il analyse l\u2019homosexualit\u00e9 passive de L\u00e9onard et sa conversion en une pulsion de savoir. Il s\u2019appuie sur un souvenir d\u2019enfance de L\u00e9onard qu\u2019il a retrouv\u00e9 dans les carnets de celui-ci. L\u00e9onard l\u2019associe \u00e0 son int\u00e9r\u00eat pour le vol des oiseaux.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Il semble qu&rsquo;il m&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 assign\u00e9 auparavant de m&rsquo;int\u00e9resser aussi fondamentalement au vautour, car il me vient \u00e0 l&rsquo;esprit comme tout premier souvenir qu&rsquo;\u00e9tant encore au berceau, un vautour est descendu jusqu&rsquo;\u00e0 moi, m&rsquo;a ouvert la bouche de sa queue et, \u00e0 plusieurs reprises, a heurt\u00e9 mes l\u00e8vres de cette m\u00eame queue. \u00bb <\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pour Freud, ce souvenir d\u2019enfance renvoie \u00e0 la situation o\u00f9 L\u00e9onard, fils ill\u00e9gitime d\u2019un notaire et d\u2019une paysanne, a pu se trouver dans sa petite enfance. Le vautour selon Freud serait une substitution de l\u2019image de la m\u00e8re, \u00e0 l\u2019image de l\u2019allaitement. <em>\u00ab&nbsp;La substitution donne \u00e0 entendre que le p\u00e8re manqua \u00e0 l\u2019enfant et qu\u2019il se sentit seul avec la m\u00e8re.&nbsp;\u00bb<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>De l\u00e0 Freud entreprend d\u2019analyser la structure de l\u2019homosexualit\u00e9 de L\u00e9onard \u00e0 travers la grille du complexe d\u2019\u0152dipe. Le souvenir d\u2019enfance renvoie \u00ab \u00e0 <em>un type particulier d&rsquo;homosexualit\u00e9 o\u00f9 le sujet s&rsquo;identifie \u00e0 sa m\u00e8re pour s&rsquo;aimer lui-m\u00eame dans les jeunes gens, objet de son choix homosexuel. \u00bb <\/em>Freud estime que le tableau la Vierge, l\u2019enfant J\u00e9sus et Sainte-Anne exprime cette structure.<\/p>\n\n\n\n<p>On sait que L\u00e9onard fut r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par son p\u00e8re et \u00e9duqu\u00e9 dans sa famille paternelle \u00e0 l\u2019\u00e2ge de cinq ans. Comme tout petit gar\u00e7on, il a connu cette phase d\u2019imitation\/opposition qui marque le complexe d\u2019\u0152dipe. Freud y voit l\u2019origine du go\u00fbt de la contestation qui anime l\u2019esprit et l\u2019\u0153uvre de L\u00e9onard. <em>\u00ab&nbsp;Qui s\u2019appuie dans la controverse sur l\u2019autorit\u00e9 ne travaille pas avec l\u2019esprit mais avec la m\u00e9moire<\/em>.&nbsp;\u00bb L\u00e9onard \u00e9tait un homme de la Renaissance. Il a fait preuve d\u2019ind\u00e9pendance et de courage intellectuel&nbsp;; il a contest\u00e9 l\u2019autorit\u00e9 religieuse et s\u2019est livr\u00e9 \u00e0 des investigations approfondies sur la nature, renouant avec la tradition antique.<\/p>\n\n\n\n<p>On s\u2019en doute, cette interpr\u00e9tation a suscit\u00e9 et suscite encore des critiques enflamm\u00e9es. D\u2019autant plus que l\u2019interpr\u00e9tation freudienne repose sur une erreur de traduction rep\u00e9r\u00e9e en 1923 par un sp\u00e9cialiste de la Renaissance. L&rsquo;oiseau dont L\u00e9onard de Vinci parlait n&rsquo;\u00e9tait pas un vautour mais un milan (<em>nibbio<\/em> en italien).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mo\u00efse de Michel-Ange<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En 1914, Freud publie un article sur le Mo\u00efse de Michel-Ange. Cette \u00e9tude est int\u00e9ressante parce qu\u2019elle rompt avec la m\u00e9thode psychanalytique. Il ne s\u2019agira pas de faire \u00e9merger un contenu latent, un d\u00e9sir inconscient que la r\u00e9alisation de la statue viendrait \u00e0 la fois cacher et exprimer, mais de s\u2019attacher \u00e0 ce que les interpr\u00e9tations ont omis ou laiss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9. On n\u2019est pas non plus sur le registre des associations d\u2019id\u00e9es mais sur une approche rationaliste tr\u00e8s argument\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame s\u2019il formule tout de m\u00eame une hypoth\u00e8se tr\u00e8s freudienne \u00e0 la fin l\u2019analyse, le texte travaille davantage sur le d\u00e9menti des interpr\u00e9tations avanc\u00e9es et sur le d\u00e9ni qui les soutient. Il cherche \u00e0 faire voir, ce qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 vu jusque-l\u00e0 &nbsp;par les interpr\u00e8tes.<\/p>\n\n\n\n<p>En introduction, Freud insiste sur l\u2019\u00e9motion qu\u2019il ressent devant cette statue contempl\u00e9e \u00e0 dans l\u2019\u00e9glise Saint-Pierre-aux-Liens. \u00ab&nbsp;<em>Car jamais aucune statue ne m\u2019a fait impression plus puissante. Combien de fois n\u2019ai-je point grimp\u00e9 l\u2019escalier raide qui m\u00e8ne du disgracieux Corso Cavour \u00e0 la place solitaire o\u00f9 se trouve l\u2019\u00e9glise d\u00e9laiss\u00e9e\u2026&nbsp;Toujours j\u2019ai essay\u00e9 de tenir bon sous le regard courrouc\u00e9 et m\u00e9prisant du h\u00e9ros.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il prend soin de pr\u00e9ciser qu\u2019il n\u2019est qu\u2019un amateur d\u2019art et qu\u2019il ne peut jouir d\u2019une \u0153uvre que s\u2019il comprend le pourquoi de cette jouissance. Ce n\u2019est pas tant l\u2019\u00e9nigme de la statue, \u0153uvre reconnue comme une des plus \u00e9nigmatiques et grandioses, qui l\u2019int\u00e9resse que l\u2019effet puissant qu\u2019elle produit sur lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui frappe Freud et qu\u2019il ne va cesser d\u2019\u00e9lucider, c\u2019est la position \u00e9trange de Mo\u00efse. Selon le texte biblique, en descendant du Sina\u00ef, tables de la Loi en mains, Mo\u00efse aper\u00e7oit son peuple en adoration devant le veau d\u2019Or, et dans un moment de col\u00e8re brise les tables de la loi. Il n\u2019en est rien ici, Mo\u00efse est assis. Il tourne son regard vers quelque chose qui l\u2019inqui\u00e8te, ses gestes selon Freud, traduisent l\u2019esquisse d\u2019un mouvement. Mo\u00efse est saisi au moment o\u00f9 sa col\u00e8re monte.<\/p>\n\n\n\n<p>Il note une tension, une contradiction entre la position du corps et l\u2019affect que le spectacle provoque, d\u2019autant plus que Mo\u00efse est connu pour \u00eatre un homme irascible. Il voit aussi un v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;sacril\u00e8ge&nbsp;\u00bb, que les commentateurs avaient \u00e0 la fois per\u00e7u et occult\u00e9, entre le texte biblique et l\u2019\u0153uvre de Michel-Ange.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Freud, il ne fait pas de doute que Michel-Ange, en artiste de la Renaissance a introduit dans le personnage de Mo\u00efse quelque chose de surhumain, un \u00ab&nbsp;exploit psychique&nbsp;\u00bb que la musculature du proph\u00e8te exprime au plus haut point. En quoi consiste cet \u00ab&nbsp;<em>exploit le plus formidable dont un homme soit capable&nbsp;?&nbsp;<\/em>: &nbsp;<em>vaincre sa propre passion au nom d\u2019une mission \u00e0 laquelle il s\u2019est vou\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi ce choix pour le tombeau du Pape Jules II&nbsp;? Pour Freud, Michel-Ange a voulu lancer un avertissement \u00e0 son commanditaire engag\u00e9 dans une action politique d\u2019envergure mais avec des moyens brutaux&nbsp;: l\u2019unification de l\u2019Italie. L\u2019un et l\u2019autre \u00e9taient ambitieux et col\u00e9riques. Pour Freud, Michel-Ange aurait voulu avertir et s\u2019avertir lui-m\u00eame de l\u2019insucc\u00e8s auxquels ils \u00e9taient vou\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains se sont int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat de Freud pour cette statue. On y a vu une identification de Freud au personnage de Mo\u00efse. Lui-m\u00eame s\u2019\u00e9tait d\u00e9tourn\u00e9 de la religion, pr\u00e9f\u00e9rant la recherche psychanalytique au d\u00e9triment de la lecture de la Bible que lui avait offert son p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais avec son interpr\u00e9tation du Mo\u00efse, Freud a fait \u0153uvre de cr\u00e9ation. Sur deux plans int\u00e9ressants qui ont boulevers\u00e9 le sens de l\u2019interpr\u00e9tation. Interpr\u00e9ter, c\u2019est mettre en lumi\u00e8re ce que les autres n\u2019ont pas vu. Mais interpr\u00e9ter, ce n\u2019est pas seulement retrouver un pass\u00e9 refoul\u00e9 et le mettre en relation avec un affect. L\u2019interpr\u00e9tation devient une activit\u00e9 cr\u00e9atrice. L\u2019\u00e9motion devant l\u2019\u0153uvre d\u2019art s\u2019\u00e9lucide, dans le sens qu\u2019elle se vit et se prolonge dans l\u2019interpr\u00e9tation qu\u2019on en fait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 travers ces trois exemples, nous pointons seulement les sources et les motivations \u00ab&nbsp;italiennes&nbsp;\u00bb de Freud. L\u2019Italie a ouvert \u00e0 Freud les portes d\u2019une autre culture que la sienne. Il n\u2019en demeure pas moins que Freud n\u2019\u00e9tait pas un grand critique d\u2019art ni m\u00eame un passionn\u00e9 de cr\u00e9ation artistique. Il s\u2019avouait ferm\u00e9 \u00e0 la musique. Il a rat\u00e9 son rendez-vous avec le surr\u00e9alisme et avec les grandes formes d\u2019expression esth\u00e9tique de son \u00e9poque. Il n\u2019a d\u2019ailleurs jamais cherch\u00e9 \u00e0 \u00e9laborer une th\u00e9orie de l\u2019art. L\u2019Italie, de toute \u00e9vidence, joue comme un jardin personnel o\u00f9 il exp\u00e9rimente les extensions de sa vision psychanalytique en m\u00eame temps qu\u2019il tente d\u2019\u00e9lucider se propres \u00e9motions.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s l\u2019art, la r\u00e9flexion de Freud s\u2019\u00e9tend aux origines de la soci\u00e9t\u00e9 avec Totem et tabou (1912), \u00e0 la religion avec L\u2019avenir d\u2019une illusion (1927) ou encore \u00e0 la condition sociale avec Malaise dans la civilisation (1930). Dans le m\u00eame temps, elle ne cesse de remanier et d\u2019approfondir les acquis de la th\u00e9orie ainsi que les m\u00e9thodes de la pratique psychanalytique. Elle s\u2019installe comme v\u00e9ritable science humaine.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Freud l\u2019Italien<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il a donc bien exist\u00e9 un \u00e9tonnant Freud italien. Un voyageur qui trouvait en Italie l\u2019occasion de se d\u00e9payser et d\u2019ouvrir des parenth\u00e8ses f\u00e9condes pour ses recherches. Un espace de d\u00e9sir et de passion loin de sa famille et de ses patients. Un espace o\u00f9 son d\u00e9sir pouvait \u00e0 la fois se montrer, s\u2019expliciter et se sublimer. Une <em>alma mater<\/em>, une m\u00e8re nourrici\u00e8re, o\u00f9 la psychanalyse pouvait s\u2019allaiter et cro\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud a v\u00e9cu avec l\u2019Italie et plus encore avec Rome, une passion exclusive, intense, de longue dur\u00e9e. Elle a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 sa structure secr\u00e8te, l\u2019amour pour la m\u00e8re. Elle s\u2019est ritualis\u00e9e, f\u00e9tichis\u00e9e \u00e0 travers des comportements obsessionnels, \u00e9tude de plans, statuettes. Elle s\u2019est sublim\u00e9e aussi dans la cr\u00e9ation th\u00e9orique et l\u2019ouverture au monde de l\u2019art. <em>Roma amor<\/em> l\u2019anagramme cristallise les mille \u00e9clats de cette passion vertigineuse.<\/p>\n\n\n\n<p>La psychanalyse elle aussi y trouve les m\u00e9taphores de sa d\u00e9finition. Elle y devient une science ou une philosophie des signes, une arch\u00e9ologie de la m\u00e9moire et une technique d\u2019interpr\u00e9tation. Avec la Gradiva elle y trouve le symbole de sa marche en avant.<\/p>\n\n\n\n<p>Hannibal, Harold, Mo\u00efse\u2026Freud lui-m\u00eame y d\u00e9couvre les figures de ses inhibitions et de ses tendances. Il d\u00e9passe sa peur des trains, il affronte les sp\u00e9cificit\u00e9s de son histoire personnelle et de son conflit parental\u2026Des n\u0153uds de son roman familial se r\u00e9v\u00e8lent et se d\u00e9font en Italie.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses relations avec ses amis, rivaux et disciples n\u2019\u00e9chappent pas au passage oblig\u00e9 par l\u2019Italie. C\u2019est en revenant d\u2019Italie que Freud reformule sa th\u00e9orie de l\u2019hyst\u00e9rie, qui conduit \u00e0 sa s\u00e9paration avec Breuer. C\u2019est pour rivaliser avec Fliess, dont il envie l\u2019immense culture, qu\u2019il s\u2019ouvre au monde l\u2019art. C\u2019est avec Ferenczi, qu\u2019il consid\u00e8re comme son fils spirituel, qu\u2019il part longtemps en voyage avant leur rupture. C\u2019est Jung qui l\u2019encourage \u00e0 \u00e9crire sur Mo\u00efse.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est en Italie qu\u2019il transmet symboliquement le flambeau de la psychanalyse \u00e0 sa fille. Beaucoup de la vie et de l\u2019\u0153uvre de Freud s\u2019est jou\u00e9 en Italie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019h\u00e9ritage<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, l\u2019heure est aux technosciences et aux \u00e0 l\u2019intelligence artificielle. L\u2019homme neuronal ou augment\u00e9 ne soucie plus de sa conscience et encore moins de son inconscient. Tout est question d\u2019adaptation \u00e0 des comportements norm\u00e9s, quantifi\u00e9s, calibr\u00e9s par ders algorithmes et rentables. C\u2019est \u00e0 peine s\u2019il reste la place dans l\u2019id\u00e9ologie dominante pour le d\u00e9veloppement personnel et la m\u00e9ditation en pleine conscience, la psychologie positive et la red\u00e9couverte du chamanisme\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La psychanalyse est rejet\u00e9e comme une discipline obscure et inutile produit d\u2019un ancien monde\u2026 Une \u00e9poque chasse l\u2019autre. Pourtant il est ind\u00e9niable que la psychanalyse a irrigu\u00e9 pendant un si\u00e8cle l\u2019ensemble du savoir occidental. Elle a modifi\u00e9 l\u2019approche de la psychiatrie et de la psychologie. La vision de l\u2019enfant et la p\u00e9dagogie ont chang\u00e9. La philosophie, la critique litt\u00e9raire, l\u2019esth\u00e9tique, l\u2019histoire, la compr\u00e9hension des acteurs sociaux et politique ont int\u00e9gr\u00e9 ses concepts et ses m\u00e9thodes. La litt\u00e9rature et le cin\u00e9ma ont puis\u00e9 et puisent encore dans ses gisements.<\/p>\n\n\n\n<p>Inconscient, sexualit\u00e9 infantile, complexe d\u2019\u0152dipe, ambivalence du d\u00e9sir, sentiment de culpabilit\u00e9, libido, \u00e7a, surmoi, refoulement, r\u00e9sistance, sublimation, lutte d\u2019Eros et de Thanatos, principe de plaisir&nbsp;: la plupart des concepts freudiens, pour ne citer que les plus connus, sont pass\u00e9s dans les pratiques et jusque dans le vocabulaire quotidien.<\/p>\n\n\n\n<p>Longtemps, le monde que Freud a explor\u00e9, a fait peur. En d\u00e9pit de ses erreurs et des errement de ses successeurs, Freud a \u00e9t\u00e9 un novateur, il heurtait la morale, sapait les croyances, d\u00e9faisait les illusions. Mais toutes ces raisons en sont d\u2019autant pour reconna\u00eetre sa contribution \u00e0 une \u0153uvre de lib\u00e9ration et d\u2019\u00e9clairage de la condition humaine, de ses souffrances et de ses ratages. On peut les redouter, les refuser. Mais que reste-t-il&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Aujourd\u2019hui la psychanalyse doit r\u00e9sister \u00e0 la pouss\u00e9e des th\u00e9rapies de confort qui visent \u00e0 adopter l\u2019individu \u00e0 la norme sociale. Elle doit r\u00e9sister \u00e0 ceux que Lacan d\u00e9j\u00e0 appelait les ma\u00eetres-nageurs, et que nous appelons les coachs, coachs d\u2019existence, de d\u00e9sir, de solitude etc.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pourquoi il nous faut encore, vent debout contre le courant comportementaliste dominant, recevoir le message de la psychanalyse. Si pr\u00e9cieux. Indispensable.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>FREUD ET ROME (10\/2\/2022) &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Apr\u00e8s le voyage en Italie comme initiation avec Ulysse et l\u2019Odyss\u00e9e, celui con\u00e7u comme un art de la curiosit\u00e9 avec Montaigne, voici le voyage de Freud. Certains dirons, Freud, n\u2019est pas un philosophe, c\u2019est un neurologue. Mais apr\u00e8s tout, Hom\u00e8re non plus. 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